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ECRITURE-LECTURE



           
ECRITURE

Je contre. C'est pas en sous main, c'est en corps à corps. Et puis on le  voit, ça bave. Ça fait de la criture. Eux, ils détestent quand ça coule. C'est pas du hasard si je syntaxe moi, de la lèvre au ventre. J'haleine jusqu'au crispe. En entier. Je mollis pas. J'écris. J'écrème pas la bave. Sans rire je contrarie, et ça fait des noeuds. J'écris. Je pire pour toucher avec ma langue. Je me mescal l'envers, l'entre loup quoi ! Ça verbe, ça bouture les petites âmes qui se rient du baptême. J'écris pour faire parti du corps de l'autre moi. Je travestis pas la bande. Je me déglutis sans jouer du fur sur mesure. J'écris pas comme eux. Je fais de l'exprès. Je suis coupable. Mes mots désherbent. J'étanche pas du tout, j'avoue. Par écrit je dis rien de moins, je garde pas une seule marge sur le bout de la langue, moi. J'écope pas l'échappée belle, je la mafte. Ils disent que la touage me guette. C'est un fait. Pour ça, J'écris hors piste. On peut pas me calfater. Même, je fermente au grand jour, et quand la marleuse vient, elle me ferle en douce. Elle me valanche et je carvage de l'appoge. Je grouille. C'est de la vie, rien d'autre, à un moment donné. J'écris à bouche que veux-tu.
Je suis insoumis.



LECTURE

Ils disent que je ne sais pas lire. Ils disent que je suis en tort. Mais je sais ce que je sais, ce que je fais. Et puis, mieux vaut mal pole que polu. Mieux vaut plonger derrière les mots, au fond du bruit des mots. Ils disent que ça n'a pas de sens, et pourtant là, j'en apprends des écumes et des caresses. Là, j'hérite de beaucoup d'accessoires pour mes rêves. Moi quand je lis, c'est pas comme eux. J'en profite moi. Je me choulotte l'édreuil. Je déproie tous les carats qui dans mille positions incroyables harollent l'amont. Toujours les mots que je lis arouillent le perdre-pied ou crispent l'achère avant de vriller les démons. Après, sur les berges ou ailleurs je palembre sans écharde, avec ou sans rire, ça dépend des jours. Quand la fêle arrive, elle me déboule, elle me lorme. Alors j'écarquille et je m'écoule dans l'escamêle. C'est vrai : avec les lettres, les mots, les phrases, je me bave de partout. Je ne saurai jamais lire comme eux. Je lis cul-sec.
Je suis insoumis.

YP. 1986




(En vignette : "Les mots en liberté futuriste", 1919. F.-T. Marinetti)





 
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