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GERARD BIALESTOWSKI




Il y a ceux qui ont les pieds sur terre et qui en sont très satisfaits. Il y a les autres, blagueurs impénitents, fabricants de gros mots et de mots maigres, pinces sans rire qui souvent nagent entre deux eaux, faux innocents aux mains pleines de rêve mais vrais écrivains qui ne chassent jamais le naturel parce qu' ils savent qu' il revient à tire d' aile. Gérard Bialestowski appartenait à cette grande famille. Ceux qui, quoi qu' ils fassent, disent ou écrivent, sont irrémédiablement poètes. Ceux que l' ordre ambiant, aseptisé et académique traitent quelquefois  d' anachroniques ! Gérard Bialestowski, toute sa vie a souhaité s' envoler comme un oiseau, un corbeau peut-être ou " mieux encore " , comme un de ces avions en papier que fabriquent les enfants à force de pliages. Dès son premier livre P' tit Jo vole, il avoue tout. Il fait décoller son héros qui a le pouvoir de faire virevolter dans les airs toutes sortes d' objets et d' individus pourtant très bien identifiés par l' attraction terrestre. Dans son deuxième roman, Victor ou le corbeau-roi, le héros habite au niveau des oiseaux, dans un arbre et là, avec diverses corneilles et autres grolles il est plus heureux  qu' avec le plus commun des mortels. Pour écrire ses deux premiers livres, Gérard Bialestowski nous sert du langage qui vole au vent.  Hum, s' il était là et écrivait cette prose à ma place il complèterait en précisant qui vole au vent aussi bien qu' une bouchée à la Reine. C' est que Bialestowski ne craignait pas le jeu de mot qui frôle la ligne jaune, difficile à comprendre pour le lecteur des villes ici et le lecteur des champs ailleurs. Il était un dompteur de mots, un artiste de l' alphabet qui jonglait et trapézistait sans filet. Plus encore, il était un cracheur de feu, de ces feux qui allument et incendient à tout jamais les enfants, pour qu' ils ne cessent pas de grandir en emportant au plus profond d' eux mêmes leur enfance, non comme un fardeau mais comme une chance pour mieux voir et mieux aimer le monde entier et le coeur du monde. Il y a, hum.. presque trente ans, quand j' ai lu le premier roman de Gérard Bialestowski, je me souviens que j' avais pensé qu' il avait certainement été voisin de palier de
Raymond Queneau à l' époque où ce dernier habitait une maison en pain d' épices. Je continue aujourd'hui à le penser.   
Comme chez Queneau il y a chez Bialestovski une habileté rare pour jouer avec le langage, à tel point que l' on pourrait croire qu' ils écrivent " comme ils respirent ", par distraction ! Les deux premiers romans de Bialestowski qui mériteraient bien d' être réédités (sont-ils en cours de réédition ?) ne sont pas dans l' air du temps. Bien sûr, P' tit Jo, on peut l'aimer comme Harry le petit sorcier qui depuis le début du vingt et unième siècle s' impose dans toutes les librairies du monde. Mais P' tit jo, est toujours un peu un mauvais exemple et pas seulement parce qu' il holdeupe une banque, et pas seulement parce qu' il tombe en amour pour la fille d'un gendarme (la fille d' un gendarme !). Non, il est de la mauvaise graine avec laquelle on fait de la bonne littérature (pour enfant et pour tous) parce qu' il naît d' une écriture singulière, en dehors des modes. Une écriture à hue et à dia, qui n' en finit pas d' être turbulente. Un jour, P' tit Jo et Victor sortiront des pages de leurs livres pour aller rejoindre la si délurée Alice, dans le terrier du lapin. Un autre jour ils rejoindront Tom Sawyer près du Mississipi (pour faire pipi !). En attendant si vous mêmes ou vos enfants avaient de temps en temps la tête en l' air, n'hésitez pas, allez à la bibliothèque du coin et empruntez P' tit Jo vole et Victor et le corbeau roi !

Y.P, 2008



















 
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