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Aventure… Voyage… voilà deux mots qui pour de bonnes raisons me collent à la peau, deux mots qui ont colonisé mes pages !
Non, enfant je n'ai lu aucun roman d'Aventure, aucun récit de voyage. Enfant je n'étais pas lecteur, j'étais privé de livre. C'était l'immédiat après-guerre et dans la banlieue de la ville de Nantes où je grandissais après avoir quitté la ville de Brest, il n'y avait pas de bibliothèque et je n'avais aucun livre à la maison. A l'école, en dehors des livres scolaires peu attractifs, en noir et blanc, il n'y avait rien à lire.

Mais j'ai grandi près de la Loire pour une part, en bordure de la rade de Brest et de ses ports d'autre part. Sans le savoir, moi comme tous ceux de ma bande, nous étions ici, des Tom Sawyer et la Loire était pour nous aussi belle certainement que le Mississipi que nous ne connaissions pas ; là nous étions des Jim Hawkins et parmi nous, il y avait toutes sortes de garnements appelés à peu près tous à devenir des Chien-Noir, des Long John Silver, des Billy Bones, des Pew… Il y a longtemps. Combien sont morts dans leur lit aussi tranquillement que Flint à Savannah ? Combien ont eu des fins aussi dramatiques que le capitaine Kidd qui fut pendu sur le quai des Exécutions à Londres ? Je ne sais.

Moi qui suis toujours là, je fus sauvé par la poésie que je découvris dans les bistrots du quai de la Fosse à Nantes (Fosse au passé fosse aux remords…). J'avais quatorze ans et demi, j'étais apprenti au chantier de la Loire, je buvais de la bière et aussi le Gros-Plant régional. La poésie me tomba dessus là, on ne peut mieux dire, quand des jeunes gens ayant des livres pleins les poches et des gros mots sur l'ourlet de leurs lèvres attisèrent ma curiosité et me firent lecteur. Je ne raconte pas tout, ce serait trop long. Mais, pour sauver ma vie que l'usine voulait emprisonner je résolus d'imiter le poète Blaise Cendrars qui avait voyagé et dont les mots m'avait titillé. J'écrivis à quelques compagnies maritimes et peu après j'embarquais à bord d'un Liberty-ship comme novice, sans savoir que ce premier apprentissage maritime allait me faire tourner pendant dix neuf mois autour du monde. C'était le début de mes voyages, et dès lors le monde entier et le cœur du monde allaient nourrir tout autant ma vie réelle que les vies imaginaires auxquelles mon écriture allait vite dessiner un destin.

Dans ce temps d'avant, le monde changeait une fois de plus et le whisky commençait déjà à prendre la place du rhum. Mais pour ceux qui n'avaient aucun plan de carrière et qui n'imaginaient pas accrocher un jour à leur revers une médaille quelle qu'elle soit, il y avait encore des îles au trésor à découvrir, des routes de la soie à parcourir et des cartes du monde à étudier sur la peau noire ou cuivrée des petites filles ou des femmes dont les cachettes étaient toujours un nouveau Pays des Merveilles.
Moi j'allais découvrir bien des îles sous la lune, bien des routes mythiques comme la fameuse 66 et surtout le continent africain que je n'ai pas encore fini d'explorer !

Si un jour j'ai fait semblant de quitter la seule écriture poétique pour naviguer dans le monde de la littérature pour l'enfance et la jeunesse, c'est parce que tout jeune encore, j'ai découvert la collection " Plein Vent " (1966) que publiaient les éditions Robert Laffont. Ce fut une des premières collections modernes, spécifiquement pour adolescents, proposant des textes neufs d'auteurs qui allaient pour beaucoup vite se faire remarquer. Cette collection " Plein Vent " publia le fameux livre d'Aventure Jack Holborn de Léon Garfield. Bien des années plus tard, je me retrouvais à Paris,  assis pour une rencontre débat près de Garfield et je dois avouer que j'étais aussi ému et intimidé que si j'avais été près de Robert Louis Stevenson ou de Charles Dickens.

Enfant je n'étais donc pas lecteur mais j'ajoutais aux aventures vécues avec ma bande en bord de Loire ou bord de mer, bien des films de série B américaines et d'autres films encore dont bon nombre restent pour moi de grandes œuvres d'Aventures comme Le corsaire rouge, de Robert Siodmack, (1952) avec Burt Lancaster s'il vous plaît, ou le magnifique, La flibustière des Antilles de Jacques Tourneur, (1951) avec entre autre l'acteur Louis Jourdan.
C'est donc, presque " naturellement " que le jeune poète que j'étais, quand il se tourna vers la littérature de jeunesse, tomba dans le roman d'Aventure.
La littérature jeunesse était encore beaucoup cul cul la praline, quand j'y arrivais, mais tous les espoirs étaient permis… elle s'ouvrait et les " mauvais genre " type Science-Fiction, Aventure, Polar allaient assez vite y trouver largement leur place. Aujourd'hui, après des hauts et des bas, la SF est bien là, comme le polar. Le roman d'Aventure lui vivote par ci par là, dans des collections générales en attendant de retrouver le lit du vent…

Mes romans d'aventures sont le plus souvent des romans maritimes. Je me plais à répéter que comme tous les auteurs du genre je dois beaucoup à Stevenson et à son Île au Trésor comme à son Maître de Ballentrae, que je dois beaucoup aussi à Pierre Mac Orlan auteur trop peu lu de nos jours dont le livre L'ancre de Miséricorde, reste un de mes livres de chevet. Mes principaux livres maritimes s'appuient sur mes connaissances historiques et géographiques principales. Ainsi, la traite négrière est beaucoup présente chez moi et les côtes africaines, les îles de l'océan Atlantique et de l'océan Indien. Il arrive que les vents alizés mènent mon écriture ailleurs quand j'évoque comme dans Le nègre de Nantes, la Commune de Paris qui me permet de naviguer à la fin du dix neuvième siècle de Nantes jusqu'au bagne de Nouméa.
Si le roman d'Aventure est si important pour moi, ce n'est pas seulement parce que les personnages que l'on y trouve font souvent dans les marges où ils s'agitent écho à ma propre vie. C'est surtout parce que la fable est maîtresse dans ces romans là, où il ne s'agit ni d'apprendre ni d'enseigner même si le lecteur se goinfre presque à son insu de grands pans d'Histoire du monde, souvent peu ou pas évoqués à l'école. Le grand roman d'Aventure reste pour beaucoup en dehors des bons principes moraux et pédagogiques de la littérature jeunesse française, et complètement en dehors des auto-fictions anémiées de pitoyables écrivains de la littérature générale française.

Le roman d'Aventure -MON roman d'Aventure- c'est aussi l'enfance retrouvée alors que l'on est définitivement adulte et que remonter réellement le temps n'est pas possible. C'est en plus raconter des histoires sans la facilité des effets spéciaux qu'offrent la magie et d'improbables nouvelles technologies. Encore, c'est dans les tourments du monde, en ce qui me concerne, identifier le bien et le mal, les nommer (les négriers, les Versaillais, les voleurs d'enfants, les  trafiquants ou hommes politiques qui confisquent les richesses…).

Bref, le roman d'Aventure pour moi, en l'offrant à la lecture après un vrai travail d'écriture et mille effets de réel qui plongent le lecteur dans une autre époque, est une ouverture infinie sur l'imaginaire. Cela d'autant plus que l'action n'y est pas menée par des surhommes, mais que les pleurs et le sang des héros provoquent la révolte de leurs alliés que sont les lecteurs. Et qu'importe si le lecteur ne sort alors de ses gonds que dans sa vie intérieure. C'est un début… dans un mois, dans un an, certains se réveilleront insoumis.

Que dire d'autres ? Peut-être conseiller quelques auteurs et inviter chacun à se constituer une bibliothèque où figureront des œuvres de Daniel Defoë, James Olivier Curwood,  Chesterton, Jack London, Jules Verne, Conan Doyle, Edgar Rice Burroughs, Edward John Trelawney, Eugène Sue, Edouard Corbière et les auteurs déjà cités Robert-Louis Stevenson, Marc Twain, Cendrars. Ajouter à cette première liste le fameux L'histoire de Caramalzaman prince de l'île des enfants et de Boudour princesse de Chine qui est un conte des Mille et Une Nuits… véritable roman d'Aventure.
Bien d'autres encore…



Moi, je dois à présent préparer mon bagage pour retourner dans la forêt de la Lobaye où m'attendent mes amis Pygmées. C'est la bonne saison pour manger des chenilles grillées et du miel sauvage. Mais avant cela, je dois à l'instant accompagner à l'école Maria, la petite fille des glaces dont la mère m'a fait du grog toute la nuit, avant de partir il y a un instant, yeux cernés, reprendre son emploi de caissière pour la Compagnie de la baie d'Hudson.

Y.P
(cahier du CRILJ N° 3 Novembre 2011)









 
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