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LA COMTESSE DE SEGUR
et
Un bon petit diable



Sophie Rostopchine eut pour parrain le tsar de toutes les Russies, Paul Ier. Son père, le général Rostopchine, était un des plus grands seigneurs de Russie ; gouverneur de Moscou, il fut moralement l' auteur de l' incendie de Moscou devant les troupes de Napoléon. Sa mère, la comtesse Catherine Protassov, fut l' une des plus charmantes jeunes filles de la cour de l' impératrice Catherine II.C' est à Paris, à l' âge de vingt ans que Sophie Rostopchine, deviendra par mariage comtesse de Ségur.Si l' on en croit la légende familiale, elle avait du sang tartare dans les veines, puisque son père descendait en droite ligne de Gengis Khan, dont un fils était venu s' établir en Russie. Russe et Tartare ! Sophie Rostopchine petite fille, avant de devenir dans un de ses livres Sophie de Réan, est déjà un personnage de roman. Peut-être faut-il chercher dans les origines de la divine comtesse la fougue, l' impatience, la violence de ses personnages, et les charmes subversifs de leur ambiguïté. Elle voulut en devenant auteur à l' âge de 57 ans éduquer et distraire les enfants avec des histoires bien morales où le pire ne devait être selon elle, qu' une aimable espièglerie. Pourtant ses livres sont le plus souvent ponctués de réelles perversités enfantines, de mensonges d' adultes qu' il faut démasquer, et de rudes punitions où l' on est toujours déshabillé et fouetté ! Ainsi, elle se donne à lire à tous les bons enfants d' hier et d' aujourd' hui avec des mots sans limite, sans barrière : des mots qui dépassèrent sa pensée et qui en dirent toujours bien plus qu' elle ne le crut.

née rostopchine...
Excessive en tout, la comtesse plaisait et plaît aux enfants qui, instinctivement se méfient des héros trop fades. Mais si les livres réalistes de la comtesse de Ségur continuent à tant séduire les nouvelles générations, c' est aussi pour des raisons très littéraires. Dans ses histoires, elle mélange habilement l' autobiographie et la chronique familiale et sociale. Elle se distingue, pour la forme et le fond, tout autant par un rare naturel dans les dialogues, que par un don d' observation qui lui permet de brosser un portrait précis de la société du second Empire. En cela, elle est un reporter de l' époque aussi pertinent que Balzac ou Zola pour nous dire les moeurs et les attitudes sociales du monde dans lequel elle vit.Dans un style précis, vigoureux, et aussi économe que celui des grands auteurs de romans policiers, elle écrira vingt romans en moins de quinze ans ; vingt romans qui sans détours donnent du plaisir aux enfants qui comprennent qu' elle est de leur côté, qu' elle fait partie de leur clan, et qu' avec elle ils peuvent partager petits et grands secrets plus de nombreuses peurs délicieuses.Lire, c'est partager la vie de héros proposée par un auteur. Lire, ce peut donc, ÊTRE un bon petit diable. Alors, c' est donner raison au fil des pages au jeune Mac Lance qui est martyrisé par sa propre cousine. C' est se mettre mille fois en colère pour la bonne cause puisque madame Mac Miche fait de l' avarice un art de vivre ; c' est être un véritable révolutionnaire chef de bande parce qu' il est légitime de lutter contre les mauvais traitements, légitime de lutter contre les méchancetés de maîtres qui sont des oppresseurs ! Ainsi, pour les élèves du collège et pour les lecteurs d' Un Bon Petit Diable, Charles Mac Lance devient l' objet de leur admiration et de leurs espérances. Les maîtres de Charles ne s' y trompent pas quand ils lui disent : " Monsieur est un beau parleur ! Monsieur est un raisonneur ! Monsieur est insubordonné, révolutionnaire ! " Ils ne se trompent pas plus que le lecteur qui, lui, a trouvé d' excellentes raisons d' être ami avec Charles.

C' est vrai que ce héros, ce bon petit diable est un révolutionnaire qui invente pour se venger " des choses inouïes " et il les exécute seul. A la fin, il sera sauvé de ses mauvais penchants peut-être bien parce qu' il s' est battu pour obtenir ce qu' il voulait et il épousera alors la belle et douce et raisonnable Juliette. La si bonne et si traditionnelle et si divine comtesse de Ségur peut bien nous dire que " la sévérité rend malheureux et méchant " ou que " la bonté attire, adoucit et corrige ", nous avons tellement aimé toutes les audaces de Charles Mac Lance que bien longtemps après la lecture, devenu adulte, nous nous souvenons des diableries qu' il peint et applique sur ses fesses avant de se déculotter pour faire peur à la méchante Mac Miche. Il a prémédité son coup et montre ce qui aujourd' hui ne se montre guère dans les livres pour enfants : des fesses, des fesses endiablées, s' il vous plaît !Oui, les enfants d' aujourd' hui ont la belle chance qu' ont eue ceux d' hier de voyager avec le général Dourakine et de faire étape à l' auberge de l' ange gardien. Ils ont la chance d' avoir deux ou trois petites filles un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout modèles, pour copines et un bon petit diable pour copain. Enfin, les enfants ont de la chance de trouver derrière l' habillage si pieux des mots, et derrière les parures moralisatrices des histoires de la comtesse de Ségur née Rostopchine un langage vivant qui n' occulte ni les plaisirs ni les désirs de l' enfance.

(Postface à Le bon petit diable paru dans la collection Pleine Lune chez Nathan, en 1999)

Y.P








 
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