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NADEJDA GARREL
Dernier exil



Nadèjda Garrel est morte en août 2003.
Ceux qui connaissaient bien son œuvre, tout comme ceux qui ne l'ont pas encore lue, pourront lire le numéro que la revue Griffon lui avait consacré (N° 133), beau numéro s'il en est, qu'elle avait presque entièrement écrit.
Il y avait bien longtemps de cela… j'ai envie de reprendre ces premiers mots d'un de ses livres, pour évoquer la présence discrète et indispensable de son œuvre et de son amitié.
Il y avait longtemps de cela, une jeune fille allait commencer à écrire pour les grands, les adultes. Elle n'avait que dix huit ans et son premier livre parut chez un éditeur pour les " grands ", Julliard. Elle ne savait pas encore que les enfants de son siècle allaient s'approprier une part de son écriture à venir, comme d'autres enfants l'avaient fait depuis longtemps pour Swift, London ou Les Mille et une Nuits…

Il y a bien longtemps de cela, j'ai eu l'immense chance de compter au nombre des amis de Nadine (Nadèjda) Garrel. Je ne saurais pas dire aujourd'hui quand eu lieu notre première rencontre. C'était probablement à l'occasion d'un salon du livre, vers 1980. Ce que je sais, c'est que ce jour là (ou le suivant), nous avons parlé de l'Afrique et de la tournée qu'elle avait faite en tant que comédienne dans plusieurs pays de l'Ouest du continent. Est-ce l'Afrique qui nous a rapprochés ? Je ne le crois pas. Il est plus probable que ce sont les forêts et tout ce qu'elles ont d'insondable, de cachettes donc, d'imaginaire évidemment.
… Je me souviens de m'être arrêté au milieu de Brocéliande, il y a quelques mois. J'y étais englouti sous les grands arbres. Une fois de plus, sans me l'avouer vraiment, je voulais tenter de rencontrer Viviane, la fée… la voir et savoir si mon cœur se mettrait à battre pour elle autant que celui de Merlin ! J'étais fou bien sûr, et le vieux Sacrispin vint au-dessus de ma tête tordre sa chemise pour faire tomber la pluie et m'obliger à déguerpir. Quelques minutes plus tard, j'avais oublié Viviane et c'est à Nadèjda que je pensais, à ses Princes de l'exil, à ses Forêts la nuit, et à tout le légendaire du Pays du grand Condor. Il n'y a pas de hasard et l'imaginaire, de salle en salle éclairée par un rayon de soleil qui ose traverser les branches, de voûte en voûte dans l'architecture de la lumière des sous-bois, voyage en se souvenant de toutes les inscriptions déchiffrées sur les pages.
Il y a des lectures qui sont comme des délivrances, parce qu'elles touchent au plus profond de nous-mêmes à ce qui est caché en nous et qui nous échappait. Elles font naître de nous une part restée invisible et qui nous est nécessaire pour élargir ce que nous sommes, vers d'autres bonheurs. Il y a des livres qui nous font changer de classe d'âge et les livres de Nadèjda Garrel furent pour moi de ceux-là.
Alors, je te souhaite lecteur, de te laisser aller dans le plaisir de lire ces livres-là qui sont, bien sûr, au-delà de toutes les modes.
Nadèjda Garrel fut un écrivain au style simple et précis. Quand on la relit, on est étonné par cette écriture qui a résisté aux forces émotionnelles qu'elle met en jeu. Plusieurs fois, j'ai pensé qu'elle nous permettait d'approcher le plus nu de nous-mêmes, comme ces peintres expressionnistes allemands nous y contraignent dans les tourments de leurs formes et de leurs couleurs. Mais elle, elle y parvenait avec les moyens doux de la peinture impressionniste dans laquelle elle semblait tremper quelquefois ses mots.
Et puis, comment le dévoiler ici ? Comment le dire ? J'ai appris ou deviné, comme seuls apprennent ou devinent les amis, que cet aboutissement de l'écriture de Nadèjda, dans le labyrinthe du texte ordinaire et beau qu'elle nous livre, devait son mûrissement aussi, à l'amour qu'elle partageait avec Thierry, son mari.
Peut-être est-ce pour cela que les arrière-plans infinis de la littérature de Nadèjda nous sont, comme dans toute véritable littérature, une promesse amoureuse.



Y.P, 2003.








 
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