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PETITE AUTOBIOGRAPHIE PRECOCE




Je ne suis pas peintre. Je n’ai ni le talent d’un van Gogh, ni le talent ni Picasso ou d’un bacon : je ne sais pas du tout faire mon autoportrait.

Le temps est trop troué toujours, je crois, et si l’on veut se raconter, on glisse dans les trous du temps.
Moi du moins, je glisse dans les trous !
Est-ce se dire ou se dédire, que de parler pour soi ? C’est les deux sans doute.

Vivre c’est perdre sa mise.

Le temps ne blesse pas les miroirs, c’est nous qu’il fait vieillir.
C’est vrai.
Et moi comme beaucoup d’autres, j’écris pour faire semblant d’être celui qui jamais ne pourra mourir.
C’est ainsi.
On ne se résoud pas à vieillir, on écrit.
On ne veut jamais finir de manger le pain blanc des baisers,
on écrit.

Y.P 1980
Je suis né en 1944, au bout du bout de la Bretagne, tellement au bout, que j’étais déjà un peu comme un clandestin, un qui était destiné à être dans la marge.

J’ai grandi, toujours proche de la musique répétitive des vagues de l’océan. Le port de Brest, celui de Nantes ensuite, furent mes cours de récréations. A cette époque les ports avaient des odeurs, que ce soit celle du vin (les "pinardiers"  venaient d’Algérie) celle du café ou des bananes vertes d’Afrique. Les marchandises étaient chargées et déchargées en vrac. Les containers, c’était de la science-fiction.
Comme Sindbad, je devais devenir portefaix, mais comme pour lui, le grand hasard (qui n’existe pas) allait faire de moi –entre autre- un voyageur.


Vite, j’ai découvert les sept mers et les cinq continents. Je fus novice à bord d’un Liberty-ship pour un premier embarquement.

Et puis c’est à Paris, sac à terre donc, que vers vingt deux ans le premier recueil de poèmes arrivera. C’est la belle époque alors, l’époque où le monde est à construire de la Havane à Alger, du Viêt-Nam de l’oncle Ho au Congo de Lumumba, de Soweto à Harlem. Nous étions nombreux à rêver, aussi bien certainement que Martin Luther King, ou que le Che. L’heure était à la lutte déjà et nous préparions les fêtes à venir…

En 1968, il y eut le mois de mai à Paris et… le mois d’août à Prague.
J’étais déjà père de famille, pas étonnant donc, que je sois devenu grand-père, avant d’être quinquagénaire !

Et je devins bibliothécaire. Bibliothécaire mais déjà agitateur, recevant au milieu des livres dont j’étais le gardien, en banlieue, tout aussi bien Barthes, que Bonnefoy, que Guillevic et bien d’autres.

Quand j’ai rencontré à cette époque, l’Afrique Noire pour la première fois, c’était vraiment le lendemain des indépendances. Tout de suite, j’ai aimé métisser ma parole là-bas.

Le Havre. Encore un port. Encore la tradition ouvrière. Dans cette ville, la Porte Océane permettait tous les départs, quelle chance ! Je fus un des animateurs culturels de la Maison de la Culture, la première mise en place en France, celle que le ministre André Malraux avait inaugurée alors qu’il envisageait (sérieusement ?) d’en bâtir une dans chaque département soit presque cent Cathédrales pour le vingtième siècle. C’est loin.

Depuis plus de trente ans j’écris et depuis vingt cinq ans les plus nombreux de mes textes s’adressent aux enfants et aux adolescents.

L’Afrique : toutes les Afriques.
Sur la bonne cinquantaine de pays du continent, j’en connais bien trente cinq, assez bien quelques autres. Je suis intervenu comme expert, comme consultant, comme écrivain, dans les villes et les brousses et les savanes. Tout autant dans les pays où Dieu est plus savant que nous sur les choses cachées, que dans ces pays impies où « la vraie foi » laisse place à l’animisme… aux génies des eaux, des champs et à leurs complices.

Je continue à voyager. Au moins deux fois par an (plusieurs mois chaque année donc) c’est encore l’Afrique. Mais ces dernières années, ce fut tout autant la Guyane que la Nouvelle-Calédonie, le Brésil que le Japon, les îles de l’Océan Indien que Belle-Île-en-Mer… la bien nommée ou encore le Japon.

Je viens de faire renouveler une nouvelle fois mon passeport.
Après plusieurs escales plus ou moins longues à Paris et en banlieue(s), après Le Havre et quelques autres lieux, je vis en Bretagne, pas très loin de la mer. C’est seulement là, à la maison, que j’écris des livres de rêve et de contestation.

Je n’ai encore rien dit des femmes !
Salut à toi Louise Michel, salut à toi Marie Curie, salut à toi Rosa Luxembourg. Salut à celles que j’ai aimées depuis l’enfance.
Certains hommes sont le résultat de l’école, de l’université et d’un plan de carrière. Moi, je suis simplement le résultat de mes amours.

Aujourd’hui je continue à écrire, pour la femme que j’aime tout d’abord. Ensuite, quelle chance si mes histoires plaisent à une princesse Peule ou Bambara, à une squaw Cheyenne ou Sioux, à une Pivoine de Chine ou une Azalée du japon… et à bon nombre des enfants du monde
!

Y.P 2004

Alors, Yves Pinguilly, barde ou griot ?
Ne me demandez pas de preuves.
Ici ou ailleurs, je suis simplement un étranger professionnel.
Je sais bien,
en noir ou en blanc
les hommes ont les mêmes joies, les mêmes peurs aussi,
et les mêmes chagrins.












Yves Pinguilly
paru dans Griffon N° 168, octobre 1999











 
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