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ZAU L'AFRICAIN




La première fois que j'ai vu des images de Zaü, c'était à l'occasion d'une exposition organisée par La Joie par les Livres, il y a au moins vingt cinq ans de cela. J'étais allé voir son travail dont on m'avait parlé. Moi, j'avais déjà publié quelques livres " africains " et l'Africain que j'étais devenu s'était demandé qui pouvait bien être ce dessinateur et peintre qui présentait des images géantes de villages perdus dans la savane, de baobabs, de femmes en pagne.
Je fus intrigué parce que déjà, là, au premier regard j'avais été saisi par la présence de l'Afrique. En effet, ce qui aujourd'hui encore me séduit, me fascine quelquefois, dans le travail de Zaü, c'est cette approche du réel qui est la sienne, tout en transformant la vérité par ses couleurs et par les formes toujours inachevées qui les enveloppent.

Et puis est arrivé un jour où une éditrice, me propose à moi qui étais toujours entre deux voyages en Afrique, d'écrire une histoire qui se situerait pour sa collection (l'Aventure dans la ville - éditions Syros) dans une ville africaine. Je choisis Ouagadougou, d'où je rentrais et que je fréquentais beaucoup à l'époque. J'aurais pu penser à Lomé, ou Cotonou ou Dakar… mais presque par hasard mon choix un peu hâtif se porta sur Ouaga.
La directrice de collection m'informa avant même que je n'écrive une ligne : " C'est Zaü qui fera les images ". Zaü je ne l'avais encore jamais rencontré, j'allais donc le découvrir. Je fus conquis. Zaü est un charmeur. Il en joue… en conscience peut-être. Toujours est-il que dès qu'il eut mon texte, il partit à Ouagadougou pour dessiner et peindre des images. Je lui avais remis une sorte d'introduction que j'avais eu d'une de mes proches amies, pour qu'il puisse là-bas rencontrer le Moro Naba qui est l'Empereur des Mossis et pour qu'il puisse assister à la totalité de la célèbre cérémonie du Vendredi appelée " la fausse sortie " ou " le faux départ " du Moro Naba.
Zaü revint avec des images, le livre parut et la qualité du travail de Zaü fut unanimement saluée. Il était allé sur le motif, comme l'avaient fait à une autre époque les peintres impressionnistes pour peindre la lumière et ses ombres. Là-bas, à Ouaga il avait saisi une fois de plus le geste et la couleur, le poids du soleil et sa fuite le soir dans la poussière rouge de la ville. Je fus moi, très heureux du résultat. C'était un début puisque mon écriture allait plusieurs fois ensuite, croiser son talent.
Ce premier livre que nous fîmes ensemble eut pour titre Pénalty à Ouagadougou. Il est aujourd'hui reparu chez un autre éditeur, avec des images d'un autre illustrateur, images comme on en trouve sans cesse dans les livres de jeunesse, aimables, sympathiques, mais sans grand intérêt.

Zaü a un œil, comme Kathleen Ferrier avait une voix ou encore Cécilia Bartoli que j'écoute en écrivant ces lignes.
C'est l'œil qui témoigne. La seule habileté de la main ne peut suffire pour le peintre ou l'illustrateur. La main si elle est isolée ne reste toujours qu'au seuil. L'imaginaire est dans l'œil sans doute…



Un jour arrivèrent les éditions Rue du Monde, avec Alain Serres. Quelle chance ! C'est Alain Serres qui me proposa des images de Zaü pour que j'écrive l'histoire L'esclave qui parlait aux oiseaux. Là, j'eus à me glisser à l'intérieur des images, pas seulement à me promener légèrement sur ce qu'elles faisaient semblant de montrer à tous. Ainsi j'allais d'image en image vers un lointain un peu perdu aujourd'hui où la souffrance et l'espoir des hommes noirs esclaves, ne faisaient qu'un. Vraiment, si le lecteur trouve quelques reliefs à mon texte, il doit saluer Zaü dont les images furent pour moi, plus qu'un élan pour l'écriture.
Et puis, il y a peu, encore aux éditions Rue du Monde, encore sur proposition d'Alain Serres, Zaü et moi fûmes réunis pour créer un livre. Là, j'écrivis pour lui et le résultat donna Jour de Noël à Yangassou. Ce livre qui apprend un peu ce qu'est la grande Fête de Noël à ceux qui connaissent bien mieux la Tabaski (fête de l'Aïd, fête du mouton) arriva sous mes yeux un peu avant que je ne mette mes chaussons au pied du sapin… cette année 2007 je fus donc un des premiers à avoir un très beau cadeau !

Les images de Zaü accompagnèrent mon travail pour le roman Le ballon d'or, disponible chez Rageot, pour l'album La fille du roi lion chez Flammarion Père Castor, et dans des livres collectifs chez Rue du Monde. J'ai donc été très " gâté " comme l'on dit souvent en Afrique.

Il y a des écritures en dehors des modes comme il y a des images en dehors des modes. Dans le domaine des livres de jeunesse où la mode, la complaisance, la simple imitation des maîtres, est souvent de mise, le travail spécifique offert par Zaü fait autant rêver les enfants que les adultes et parmi eux bien sûr les écrivains !

Yves Pinguilly - Griffon décembre 2008








 
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