Aller au contenu
Histoires du soir

Mirabelle la hérissonne et les feuilles d’automne

Au bord du grand bois, une petite hérissonne cherche de quoi faire son lit d'hiver, et ses piquants lui rendent un joli service, feuille après feuille.

3-5 ans À lire en 11 min Ouvrir le livre

Aline Bertin

Mirabelle la hérissonne et les feuilles d'automne
Une petite hérissonne marche sur un sentier de forêt, sous la chute douce des feuilles rouges et jaunes.

Une petite boule de piquants

C’était l’automne, au bord d’un grand bois. Le vent soufflait doucement, et les arbres laissaient tomber leurs feuilles, une par une, comme de petits bateaux de toutes les couleurs. Des feuilles rouges. Des feuilles jaunes. Des feuilles couleur de miel.

Dans ce bois vivait une petite hérissonne qui s’appelait Mirabelle. Elle avait un nez noir et pointu, des yeux brillants comme deux gouttes de rosée, et sur le dos, des piquants, des piquants, des piquants.

Ce soir-là, Mirabelle avait un peu froid aux pattes.

« Brrr, dit-elle. Il me faut un lit bien chaud pour dormir tout l’hiver. »

Alors elle sortit de sa cachette sous la haie, et elle partit chercher des feuilles. Petit pas, petit pas. Crac, crac, crac, faisaient les feuilles sous ses pattes.

« Je vais ramasser les plus belles feuilles du bois, se dit-elle. Et je ferai le lit le plus douillet du monde. »

Au pied d'un grand chêne, la hérissonne roule sur une énorme feuille brune sous le regard d'une chouette.

La feuille du grand chêne

Mirabelle arriva au pied d’un grand chêne. Il était si gros que dix hérissons n’auraient pas pu faire le tour de son tronc. Là, par terre, il y avait une feuille énorme, large comme une assiette, toute brune et toute ronde.

« Oh ! Quelle belle feuille ! » dit Mirabelle.

Elle voulut la prendre. Mais la feuille était si grande que Mirabelle n’arrivait pas à la porter.

« Hou, hou ! » fit une voix tout là-haut.

C’était Madame Chouette, perchée sur sa branche, avec ses grands yeux ronds.

« Que fais-tu, petite hérissonne ? demanda-t-elle. »

« Je cherche des feuilles pour mon lit d’hiver, répondit Mirabelle. Mais celle-ci est trop grande pour moi. »

« Alors pique-la, dit Madame Chouette. Tu as des piquants, non ? »

Mirabelle se mit à rire. Elle roula sur la grande feuille, doucement. Pic ! Pic ! Pic ! Les piquants s’accrochèrent à la feuille, et voilà : la grande feuille du chêne était sur son dos, comme un manteau.

« Merci, Madame Chouette ! dit Mirabelle. »

« De rien, petite hérissonne, dit la chouette. Bonne nuit, et bonne route. Hou, hou. »

Et Mirabelle repartit. Petit pas, petit pas. Crac, crac, crac, faisaient les feuilles sous ses pattes. Et frou, frou, frou, faisait la grande feuille sur son dos.

Sous un érable aux feuilles rouges, la hérissonne, une feuille brune sur le dos, voit descendre un écureuil.

La feuille du bel érable

Un peu plus loin, Mirabelle arriva près d’un bel érable. Ses feuilles à lui étaient rouges comme des cerises, avec des pointes comme des étoiles. Par terre, il y en avait tout un tapis.

« Oh ! Quelle belle feuille rouge ! » dit Mirabelle.

Elle voulut la prendre. Mais elle avait déjà la grande feuille du chêne sur le dos, et elle ne savait plus où mettre celle-ci.

« Psitt, psitt ! » fit une petite voix.

C’était Noisette l’écureuil, qui descendait le long du tronc, la queue en panache.

« Que fais-tu, petite hérissonne ? demanda-t-il. »

« Je cherche des feuilles pour mon lit d’hiver, répondit Mirabelle. J’en ai déjà une, mais je n’arrive pas à en porter une deuxième. »

« Alors pique-la, dit Noisette. Tu as des piquants, non ? »

Mirabelle se mit à rire. Elle roula sur la feuille rouge, doucement. Pic ! Pic ! Pic ! Les piquants s’accrochèrent à la feuille, et voilà : la feuille rouge de l’érable était sur son dos, à côté de la grande feuille brune.

« Merci, Noisette ! dit Mirabelle. »

« De rien, petite hérissonne, dit l’écureuil. Bonne nuit, et bonne route. Psitt, psitt. »

Et Mirabelle repartit. Petit pas, petit pas. Crac, crac, crac, faisaient les feuilles sous ses pattes. Et frou, frou, frou, faisaient les feuilles sur son dos.

Au bord du ruisseau, sous un vieux noisetier, la hérissonne regarde une feuille jaune tandis qu'une grenouille l'observe.

La feuille du vieux noisetier

Un peu plus loin encore, au bord d’un petit ruisseau, Mirabelle arriva près d’un vieux noisetier. Ses feuilles à lui étaient douces et un peu duveteuses, comme de la peau de pêche. Par terre, il y en avait une toute jaune, toute fine, toute tendre.

« Oh ! Quelle belle feuille jaune ! » dit Mirabelle.

Elle voulut la prendre. Mais elle avait déjà deux feuilles sur le dos.

« Glou, glou, glou ! » fit une voix dans l’eau.

C’était Grenouille, assise sur un galet, les pattes bien repliées.

« Que fais-tu, petite hérissonne ? demanda-t-elle. »

« Je cherche des feuilles pour mon lit d’hiver, répondit Mirabelle. J’en ai déjà deux, mais je voudrais aussi la jaune. »

« Alors pique-la, dit Grenouille. Tu as des piquants, non ? »

Mirabelle se mit à rire. Elle roula sur la feuille jaune, doucement. Pic ! Pic ! Pic ! Les piquants s’accrochèrent à la feuille, et voilà : la feuille jaune du noisetier était sur son dos, avec les deux autres.

« Merci, Grenouille ! dit Mirabelle. »

« De rien, petite hérissonne, dit Grenouille. Bonne nuit, et bonne route. Glou, glou. »

Et Mirabelle repartit. Petit pas, petit pas. Crac, crac, crac, faisaient les feuilles sous ses pattes. Et frou, frou, frou, faisaient les trois feuilles sur son dos.

Sous la haie, la hérissonne entre à reculons dans son creux de mousse, et les trois feuilles tombent en formant un lit.

Le retour sous la haie

La nuit tombait tout doucement. Le ciel devenait bleu foncé, puis encore plus foncé. Une première étoile s’alluma au-dessus des arbres, toute petite, toute claire.

Mirabelle reprit le chemin de sa maison. Petit pas, petit pas. Elle n’allait plus très vite. Les feuilles étaient lourdes, et ses pattes un peu fatiguées.

Elle passa près du noisetier, et Grenouille dormait déjà sur son galet. Elle passa près de l’érable, et Noisette dormait déjà, roulé en boule dans son arbre. Elle passa près du grand chêne, et Madame Chouette, elle, ne dormait pas encore, mais elle cligna des yeux, lentement, très lentement, pour dire bonne nuit.

« Hou, hou, murmura-t-elle. Dors bien, petite hérissonne. »

Enfin, Mirabelle arriva sous la haie. Il y avait là un petit creux, bien à l’abri, avec de la mousse au fond. C’était sa maison.

Elle y entra à reculons. Et là, une chose très drôle se passa. Comme elle rentrait, les feuilles sur son dos se décrochèrent, une par une. Pic, la grande feuille brune. Pic, la feuille rouge comme une étoile. Pic, la feuille jaune comme du beurre. Toutes trois tombèrent autour d’elle, et se posèrent sur la mousse.

Le lit était fait.

Un lit tout rond, tout doux, tout chaud. Brun en dessous, rouge au milieu, jaune sur le dessus.

« Oh, dit Mirabelle. Je n’ai même plus besoin de les arranger. »

La petite hérissonne dort roulée en boule dans son lit de feuilles rouges, jaunes et brunes, sous la haie.

Dors bien, petite hérissonne

Mirabelle se roula en boule au milieu des feuilles. Elle remonta la grande feuille brune sur son nez. Elle poussa la feuille rouge contre son dos. Elle glissa la feuille jaune sous ses pattes.

Il faisait chaud. Il faisait doux. Dehors, le vent chantait une toute petite chanson dans la haie.

Frou, frou, frou, faisait le vent.

« Merci, murmura-t-elle encore une fois, tout bas. Merci à tous. »

Ses paupières devinrent lourdes, lourdes, lourdes. Son petit nez noir se mit à bouger de moins en moins. Sa respiration devint lente, lente, lente.

Crac, faisait encore une feuille, tout doucement, en se calant contre sa joue.

Puis plus rien.

Dans le grand bois, les feuilles continuaient de tomber, une par une, sans bruit. Elles tombaient sur la mousse, sur le chemin, sur le ruisseau. Elles tombaient sur la haie, et sur la petite maison de Mirabelle, pour la couvrir encore un peu plus.

La petite hérissonne dormait. Elle dormait bien. Elle dormait chaudement, dans son lit de feuilles rouges, jaunes et brunes.

Et toi aussi, tu peux fermer les yeux, bien au chaud, comme Mirabelle, tout doucement, petit pas, petit pas, vers le pays du sommeil.

Fin

Une autre histoire ce soir

Il reste un peu de veillée ? Voici la suite, et deux autres façons de finir la soirée.

Le marchand de silence La suivante dure 10 min Le marchand de silence Dans la rue Tintamarre, Oscar achète un bocal de silence à un étrange marchand. Quand il l'ouvre, il découvre un secret qui ne s'achète pas. 6-8 ans10 min Lire la suivante

Ou plutôt une de celles-ci

Histoires du soir

Une histoire du soir, chaque vendredi

Un petit rendez-vous pour le coucher, dans votre boîte e-mail. Désinscription en un clic.

Écrit par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums