Aller au contenu
Fables de La Fontaine

Les Animaux malades de la peste

Les animaux cherchent un coupable à leur malheur, et le plus faible est accusé. Une fable à lire avec ton enfant sur l’injustice, avec la morale expliquée.

9-12 ans À lire en 5 min Ouvrir le livre

Jean de La Fontaine présentée par Aline Bertin

Les Animaux malades de la peste
Un lion couché est entouré d’un âne, d’un renard, d’un ours, d’un cerf et d’autres animaux qui l’écoutent.
Gravure de Pierre-Etienne Moitte d’après Jean-Baptiste Oudry (domaine public)

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom),

Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n’en voyait point d’occupés

À chercher le soutien d’une mourante vie ;

Nul mets n’excitait leur envie ;

Ni loups ni renards n’épiaient

La douce et l’innocente proie ;

Les tourterelles se fuyaient :

Plus d’amour, partant plus de joie.

Le lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune.

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents

On fait de pareils dévouements.

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence

L’état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,

J’ai dévoré force moutons.

Que m’avaient-ils fait ? nulle offense ;

Même il m’est arrivé quelquefois de manger

Le berger.

Je me dévouerai donc, s’il le faut : mais je pense

Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi ;

Car on doit souhaiter, selon toute justice,

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse.

Eh bien ! manger moutons, canaille, sotte espèce,

Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes, seigneur,

En les croquant, beaucoup d’honneur ;

Et quant au berger, l’on peut dire

Qu’il était digne de tous maux,

Étant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le renard ; et flatteurs d’applaudir.

On n’osa trop approfondir

Du tigre, ni de l’ours, ni des autres puissances,

Les moins pardonnables offenses :

Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L’âne vint à son tour, et dit : J’ai souvenance

Qu’en un pré de moines passant,

La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et, je pense,

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue ;

Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.

À ces mots, on cria haro sur le baudet.

Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue

Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n’était capable

D’expier son forfait. On le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Fin

Une autre fable ce soir

Il reste un peu de veillée ? Voici la suite, et deux autres façons de finir la soirée.

Le Renard et la Cigogne La suivante dure 3 min Le Renard et la Cigogne Un renard invite une cigogne à dîner dans une assiette plate, puis c’est son tour. Une fable à lire avec ton enfant sur le respect, morale expliquée. 3-5 ans5 min Lire la fable suivante

Ou plutôt une de celles-ci

Fables de La Fontaine

Une histoire du soir, chaque vendredi

Un petit rendez-vous pour le coucher, dans votre boîte e-mail. Désinscription en un clic.

Fable de Jean de La Fontaine, présentée par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums