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Contes & légendes

La légende du colibri

Un feu ravage la forêt et tous les animaux regardent, immobiles. Seul le colibri, tout petit, s'envole chercher de l'eau, une goutte à la fois.

3-5 ans À lire en 5 min Ouvrir le livre

Lucas Fontaine

La légende du colibri
Au bord du fleuve, les animaux de la forêt tropicale serrés les uns contre les autres regardent au loin la fumée.

Le feu dans la forêt

Un jour, dans la grande forêt, un feu se déclara. Les flammes orange sautaient d’arbre en arbre, la fumée montait dans le ciel, et tous les animaux s’enfuirent. Les oiseaux, les singes, les jaguars, les serpents, les petits rongeurs : tous couraient vers la rivière, et là, ils s’arrêtèrent, serrés les uns contre les autres.

Ils regardaient la forêt brûler. Ils étaient tristes et ils avaient peur.

« Que faire ? » dit le tapir. C’est trop grand.

« On ne peut rien faire », dit le singe. Le feu est trop fort.

« Il vaut mieux attendre », dit le jaguar.

Seul le vent, dans les cimes, semblait vouloir leur dire quelque chose, mais personne ne l’écoutait.

Le crocodile, qui venait de sortir de l’eau, hocha la tête avec gravité. Même le vieux hibou, qui savait tant de choses, resta muet. Personne ne voyait quoi faire d’autre que regarder.

Et tous restèrent là, au bord de l’eau, sans bouger.

Le minuscule colibri aux plumes scintillantes emporte une goutte d'eau dans son bec depuis la rivière.

Une goutte à la fois

Seul un tout petit oiseau ne resta pas immobile. C’était le colibri. Il était minuscule, avec des plumes qui brillaient de mille couleurs et des ailes qui battaient si vite qu’on ne les voyait pas.

Le colibri s’envola jusqu’à la rivière. Il plongea son petit bec dans l’eau et prit une goutte. Une seule petite goutte, qui brillait comme un grain de cristal.

Puis il vola vers le feu. Il se posa au-dessus des flammes. Et il laissa tomber sa goutte dessus. Pschiit.

Puis il retourna à la rivière. Il reprit une goutte. Il retourna vers le feu. Il lâcha sa goutte. Pschiit.

Il recommença. Encore, et encore, et encore. Aller, retour. Une goutte, une goutte.

Le tatou, qui regardait, éclata de rire.

« Colibri ! Que fais-tu là ? Tu crois que tu vas éteindre le feu avec une goutte d’eau ? »

« Non, répondit le colibri sans s’arrêter. Mais je fais ma part. »

Et il repartit chercher une autre goutte.

Tous les animaux apportent de l'eau avec le colibri, puis se reposent au bord de la rivière, la forêt verte à nouveau en paix.

Ma part

Les animaux le regardaient aller et venir, aller et venir, si petit, si rapide, si têtu. Peu à peu, ils ne riaient plus.

« Il a raison », dit le singe doucement.

Nous sommes grands, nous. Nous pouvons faire bien plus que lui.

Alors le singe courut au bord de l’eau et remplit ses mains. L’éléphant prit l’eau dans sa trompe. Le tapir, le jaguar, le perroquet, tous s’y mirent. Ils apportèrent l’eau, chacun à sa manière, chacun selon ce qu’il pouvait.

Le colibri les regarda venir. Il sourit. Et il continua à porter ses petites gouttes, aux côtés de tous les autres.

La rivière se vida de quelques seaux. Les flammes baissèrent. Puis la fumée devint toute blanche. Puis le feu s’éteignit.

La forêt était noircie par endroits, mais elle respirait de nouveau. Les arbres, déjà, commençaient à penser à leurs nouvelles feuilles. Les animaux, fatigués et heureux, se couchèrent dans l’herbe humide.

Le colibri se posa sur une branche, tout au bord de la rivière. Il avait les ailes lourdes, le bec mouillé. Il ferma ses petits yeux brillants.

« Merci, colibri », murmura l’éléphant.

« Merci à vous, dit le colibri. Tout seul, je n’aurais pas pu. »

Et la forêt s’endormit, en paix.

Ce conte vient des peuples amérindiens, qui le racontent depuis très longtemps.

Fin