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Contes & légendes

Le vilain petit canard

Il n'est ni jaune ni petit comme ses frères, et personne ne veut de lui. Après un long hiver, un reflet dans l'eau lui réserve une belle surprise.

6-8 ans À lire en 9 min Ouvrir le livre

Lucas Fontaine

Le vilain petit canard
Dans les roseaux, une maman cane entourée de canetons jaunes et d'un caneton gris plus grand, près d'un vieux manoir.

Un œuf plus gros que les autres

C’était l’été, à la campagne. Les blés étaient dorés, les prés tout verts, et près d’un vieux manoir entouré de fossés pleins d’eau, une cane couvait ses œufs, assise dans les roseaux. Elle attendait depuis longtemps. Elle commençait à s’ennuyer, car personne ne venait la voir.

Enfin, un jour, les œufs craquèrent un par un.

« Pip, pip ! Coin, coin ! »

Ils sentaient bon le duvet tiède et l’herbe fraîche, et ils se serraient les uns contre les autres pour se tenir chaud.

Les petits canetons sortirent, tout jaunes, tout ébouriffés. Ils ouvrirent de grands yeux sur le monde.

« Comme c’est grand ! » dirent-ils.

« Le monde est bien plus grand que ça, dit la maman cane. Il s’étend jusqu’au jardin du pasteur. »

Mais elle remarqua qu’un œuf, le plus gros de tous, n’avait pas éclos. Elle soupira et se rassit dessus.

Il lui fallut encore plusieurs jours. Enfin l’œuf s’ouvrit.

« Pip ! »

Un caneton sortit, mais il était gris, grand et maladroit, avec un long cou et des pattes énormes. Il ne ressemblait à aucun des autres.

« Quel drôle de caneton, pensa la maman cane. Il ne ressemble pas du tout à mes frères. Mais il nage très bien, c’est déjà ça. »

Le caneton gris marche seul dans un pré brumeux, à l'aube, loin de la cour de ferme.

Seul sur le grand étang

Hélas, dans la cour de la ferme, personne ne l’aimait. Les canards le piquaient du bec. Les poules lui criaient dessus. La fermière le chassait.

« Tu es trop laid, disaient-ils. Va-t’en. »

Le pauvre caneton gris se cachait sous les feuilles. Même ses frères le bousculaient. Il avait honte, et il n’osait plus regarder personne.

Il essayait pourtant de bien faire. Il nageait sur l’étang plus droit que tout le monde. Il se tenait à l’écart pour ne gêner personne. Mais rien n’y faisait. À la tombée du jour, il se glissait seul parmi les roseaux, la tête sous l’aile, et il attendait que le sommeil vienne pour oublier les piques de la journée.

Un matin, au lever du jour, il s’enfuit à travers les champs. Il courut jusqu’à un grand marais où vivaient des oies sauvages.

« Qui es-tu ? » demandèrent-elles.

« Je ne sais pas », dit le caneton. On me dit que je suis laid.

« Eh bien, tant pis pour toi, mais ne reste pas avec nous, dirent les oies, qui n’étaient pas méchantes mais avaient bien du souci. »

Il continua. Il traversa des bois, des champs, des routes. Il croisa une vieille femme qui vivait avec un chat et une poule, mais là non plus, on ne voulait pas de lui. Il partit encore.

Le caneton gris nage seul sur un étang entouré de feuilles d'automne rouges et jaunes.

Il fit aussi la connaissance de deux jeunes oies sauvages, qui lui proposèrent de les suivre au loin, mais un coup de vent les emporta et il les perdit en chemin. Un chien énorme s’approcha de lui, le renifla, puis s’en alla sans lui faire de mal. « Je suis trop laid, même pour lui », pensa le caneton, et il en eut tant de peine qu’il resta tapi sous les feuilles jusqu’au matin.

L’automne vint. Les feuilles tombaient, jaunes et rouges. Le caneton nageait sur un étang gris, seul. Puis arriva l’hiver. Il faisait un froid terrible. Le petit caneton gris tremblait sur l’eau glacée, les pattes engourdies, et un matin, il resta pris dans la glace.

Un paysan qui passait par là le vit. Il brisa la glace avec son sabot et emporta le caneton chez lui. Dans la chaleur de la maison, le caneton reprit vie. Mais les enfants du paysan voulaient jouer avec lui, et lui avait peur. Il bondit par la fenêtre et s’enfuit à nouveau, dans la neige.

Il passa le reste de l’hiver caché dans les roseaux d’un grand étang, grelottant, mais vivant.

Au printemps, sur un étang clair, trois cygnes blancs glissent pendant que le jeune oiseau gris regarde l'eau.

Ce furent des jours bien longs. Le vent soufflait entre les roseaux, la neige couvrait les rives, et le petit oiseau gris, la tête rentrée dans les plumes, comptait les jours en regardant le ciel pâle. Mais chaque matin, il se disait : « Encore un. Encore un. Le printemps finira par venir. » Et il tenait bon.

Le plus beau des oiseaux

Enfin, le printemps arriva. Le soleil réchauffa la terre. Les alouettes se mirent à chanter. Les bourgeons éclatèrent. Le caneton, qui n’était plus un caneton, battit des ailes et sentit qu’elles étaient fortes, très fortes. Il s’envola, tout doucement, au-dessus de l’étang.

Dans un jardin, sur une eau claire, trois magnifiques oiseaux blancs glissaient, le cou courbé, élégants comme des reines. C’étaient des cygnes.

Le jeune oiseau gris se dit :

« Je vais aller les voir. »

Même s’ils me chassent, même s’ils me piquent, ce sera mieux que de rester seul.

Il se posa sur l’eau, la tête baissée, honteux. Et alors, il vit son reflet dans l’eau claire.

Autour de lui, l’eau s’agitait doucement en petits cercles. Un rayon de soleil traversait les branches du saule et dessinait des taches d’or à la surface. Le jeune oiseau n’osait pas bouger. Il attendait qu’on lui dise de partir. Mais personne ne disait rien. On le regardait, simplement, avec douceur.

Le jeune cygne blanc s'endort au coucher du soleil avec les trois autres cygnes, sous un saule, au bord de l'étang.

Ce n’était plus un oiseau gris, lourd et maladroit. C’était un cygne ! Un cygne blanc comme la neige, au cou courbe et gracieux.

Les trois cygnes s’approchèrent. Ils tournèrent autour de lui, caressèrent ses plumes de leur bec.

« Bienvenue, dirent-ils. Tu es des nôtres. »

« Des vôtres ? » souffla-t-il.

« Tu l’as toujours été. »

Jamais il n’avait entendu de mots aussi tendres. Il pensa à la cour de la ferme, aux poules, à la fermière, et il ne leur en voulut pas. Tout cela était déjà loin, comme un rêve qu’on a presque fini d’oublier.

Des enfants vinrent au bord de l’eau, apportant du pain.

« Regardez ! crièrent-ils. Il y a un nouveau cygne ! Et c’est le plus beau de tous ! »

Le jeune cygne baissa la tête, tout ému, mais heureux, si heureux qu’il n’en croyait pas ses yeux. Il n’avait jamais pensé qu’on pouvait l’aimer ainsi. Il releva doucement son long cou. Il se mit à glisser sur l’eau, calme, léger.

« Comme je suis content, murmura-t-il. Je n’avais jamais rêvé d’un tel bonheur, quand j’étais le vilain petit canard. »

Le soleil se coucha sur le jardin, et les quatre cygnes se blottirent sous un saule, la tête sous l’aile. L’eau était douce, la brise légère. Le plus jeune, entre ses compagnons, ferma les yeux. Il s’endormit paisiblement, sans plus jamais avoir froid, ni peur, ni honte.

Ce conte vient du Danemark, où un grand conteur, Hans Christian Andersen, l’a mis par écrit.

Fin

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Écrit par Lucas Fontaine · Rédacteur, contes du monde et romans jeunesse