Zélie et la bicyclette sans sonnette
Zélie doit porter une tarte aux prunes à sa grand-mère, mais sa sonnette est tombée. Elle va faire le dring toute seule, et en inventer mille autres.

Une sonnette qui manque
Zélie avait sept ans, une bicyclette verte, et une sonnette qui faisait « dring ». Du moins, jusqu’à ce mercredi soir.
Ce soir-là, sa maman posa sur le porte-bagages une boîte ronde, fermée par un ruban.
« Une tarte aux prunes pour Mamie Josette, dit-elle. Va doucement, et rentre avant la nuit. »
Zélie monta en selle. Elle appuya sur la sonnette pour dire au revoir à la rue. Mais il n’y eut aucun bruit. Elle appuya encore. Rien.
Elle se pencha. Sur le guidon, à la place de la jolie petite cloche argentée, il n’y avait plus qu’une vis toute seule.
« Oh non, dit Zélie. Elle est tombée ! »
Mais la tarte attendait, et le soleil descendait déjà derrière les toits. Zélie serra les poignées et partit quand même.

Dring, dring, c’est moi
Au bout de la rue, il y avait le carrefour, et au carrefour, Monsieur Anselme, qui arrosait ses tomates au tuyau.
Comment le prévenir, sans sonnette ?
Zélie respira un grand coup.
« Dring, dring ! » cria-t-elle.
Monsieur Anselme sursauta, leva les yeux, et fit un petit pas de côté, en souriant.
« Tiens, dit-il. La sonnette de Zélie a changé de voix ! »
« Elle est tombée, expliqua Zélie en passant. Je fais le dring moi-même ! »
« Eh bien », dit Monsieur Anselme, c’est un très bon dring.
Zélie traversa le pont, où un chat gris faisait sa toilette au milieu du passage. « Dring, dring ! » Le chat leva la tête, la regarda d’un air vexé, et s’écarta de trois centimètres, pas un de plus.
Elle croisa deux dames avec un panier. « Dring, dring ! » Les deux dames se serrèrent contre le mur et lui firent un signe de la main.
Chaque fois, ça marchait. Et chaque fois, Zélie se sentait un tout petit peu plus fière.
Au pied de la montée, un vieux monsieur promenait un chien à trois pattes. Zélie ralentit, retint son souffle, puis fit un « dring » tout petit, tout poli, pour ne pas faire peur au chien. Le chien remua la queue. Le vieux monsieur souleva son chapeau.
Elle commençait à penser qu’un dring qui vient du cœur vaut bien un dring qui vient du métal.

La route du verger
La route du verger montait doucement, entre des arbres chargés de prunes violettes. L’air sentait le fruit mûr et l’herbe tiède. Il n’y avait personne, seulement le bruit des roues : tic, tic, tic.
Alors Zélie se mit à chanter. Pas un dring, cette fois. Une vraie chanson, qu’elle inventait au fur et à mesure.
« Une tarte aux prunes, sur ma bicyclette, une tarte aux prunes, pour Mamie Josette… »
Elle chanta jusqu’en haut de la côte. Elle chanta jusqu’au portail blanc.
Et là, sous la lampe de la véranda, une silhouette l’attendait, un châle sur les épaules.
« Je t’ai entendue de loin, dit Mamie Josette. Dès la grande côte, j’ai dit au chien : voilà Zélie. »
« Même sans sonnette ? » s’étonna Zélie.
« Surtout sans sonnette, dit Mamie. Une sonnette, ça fait toujours le même bruit. Toi, tu en fais mille. »
Zélie posa la tarte sur la table de la cuisine. Mamie sortit deux assiettes, deux fourchettes, et une petite part pour le chien, qui ne devait pas le dire.
Zélie reprit la route du retour, alors que le ciel bleuissait déjà. Devant sa maison, dans l’herbe au pied de la grille, quelque chose brillait. Elle se baissa : c’était la sonnette, couchée dans les herbes, intacte, comme si elle avait attendu qu’on vienne la chercher.
Elle la revissa sur son guidon. Dring ! faisait-elle, toute neuve.
Zélie sourit. Puis elle rangea sa bicyclette, et sur le seuil elle chanta tout de même, très bas, pour ne réveiller que les étoiles.
Fin
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Écrit par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums