La valise de Léa pour le pays du sommeil
Ce soir, Léa part en voyage au pays du sommeil. Dans sa petite valise rouge, elle range tout ce qui est doux, chaud, rond, et même une chanson.

Une petite valise rouge
Un soir, après le bain, Léa ne voulait pas aller se coucher.
« Je ne suis pas fatiguée, dit-elle. Je dois faire ma valise. »
« Ta valise ? dit Papa. Tu pars en voyage ? »
« Oui, dit Léa. Je pars au pays du sommeil. »
Papa sourit. Il alla chercher dans le placard une petite valise rouge, avec deux fermoirs dorés qui faisaient clic-clac.
« Voilà, dit Papa. Un voyage, ça se prépare. Qu’est-ce que tu mets dedans ? »
Léa réfléchit. Elle posa un doigt sur son menton.
« Je mets d’abord ce qui est tout doux. »
Elle courut dans sa chambre, et elle revint avec Mouton, son doudou, un petit mouton blanc dont la laine était un peu aplatie à force de câlins.
« Bonjour, Mouton, dit Léa. On part en voyage. »
Elle le coucha dans la valise, la tête sur le bord, comme sur un oreiller.
Mouton ne dit rien, parce que les moutons en peluche ne disent jamais rien. Mais ses deux yeux de bouton brillaient, très contents, et il avait l’air de dire : « Je suis prêt. »
« Il est installé, dit Léa. Il ne bougera plus. »
« Et maintenant ? » demanda Papa.
« Maintenant », dit Léa, il me faut ce qui est tout chaud.

Ce qui est chaud, ce qui est rond
Léa ouvrit le tiroir de la commode. Dedans, il y avait des chaussettes en laine, rayées jaune et bleu.
« Voilà ce qui est chaud, dit-elle. Des chaussettes pour mes pieds. Pour qu’ils n’aient pas froid, là-bas. »
Elle les roula en boule, une boule jaune et bleue, et elle les glissa dans la valise, à côté de Mouton.
« Bien, dit Papa. Et après ? »
« Après », dit Léa, il me faut ce qui est rond.
Papa fit semblant de chercher. Il regarda sous le lit, derrière la chaise, dans le panier à jouets.
« Rond ? Je ne vois rien de rond. »
« Mais si ! dit Léa. Regarde ! »
Elle montra la fenêtre. Dehors, dans le ciel qui devenait bleu foncé, la lune était toute ronde, toute blanche.
« Je ne peux pas la mettre dans ma valise, dit Léa. Elle est trop grande. »
« C’est vrai, dit Papa. Alors on va la laisser à la fenêtre. Elle viendra avec nous. Elle suit toujours les voyageurs. »
Léa hocha la tête, très sérieuse.
Elle prit à la place une petite balle de laine ronde, rouge comme une cerise, qui traînait sous le fauteuil.
« Celle-ci sera ma lune de poche », dit-elle.
Clic, fit la valise, à moitié fermée.
Mais elle n’était pas encore finie.

Ce qui sent bon, ce qui fait doucement
« Maintenant », dit Léa, il me faut ce qui sent bon.
Elle alla dans la salle de bain et revint avec son petit savon rose, celui qui sent la fleur. Elle le renifla, ferma les yeux, et le déposa dans la valise.
« Hmmm, fit Papa. Ça sent le jardin au printemps. »
« Il me faut aussi ce qui brille », dit Léa.
Elle fouilla dans la boîte à trésors, sous son lit, et elle en sortit une petite étoile qui brille dans le noir, une étoile en plastique collée sur un carton. Elle la tint devant la lampe, longtemps, pour qu’elle boive bien la lumière.
« Pour que mon voyage ne soit pas tout noir », expliqua-t-elle.
Puis elle la posa sur les chaussettes, très doucement, comme on pose un œuf.
« Et pour rigoler », ajouta-t-elle, il me faut ce qui fait chatouille.
Papa attrapa un de ses pieds et lui fit des chatouilles, juste une seconde. Léa éclata de rire, un rire de clochette. Puis elle prit le rire, avec ses deux mains, comme un papillon, et elle le rangea dans la valise, à côté du savon.
« Pas trop fort, dit-elle. Il faut qu’il dorme aussi. »
« Et maintenant », dit Léa, il me faut ce qui fait doucement.
« Ce qui fait doucement ? »
« Oui. Une chanson. »
Papa s’assit sur le bord du lit. Léa s’assit à côté de lui, les jambes qui se balançaient.
Papa chanta tout bas, une petite chanson sans paroles, avec seulement « lalala » et « mmmm ». C’était une chanson lente, qui montait un peu et qui redescendait, comme une balançoire.
Léa écouta.
Quand la chanson fut finie, elle ouvrit la valise et fit un geste avec la main, comme si elle attrapait quelque chose dans l’air. Puis elle le déposa dedans.
« Voilà, dit-elle. J’ai mis la chanson. »
« Elle va rester bien au chaud », dit Papa, entre le mouton et les chaussettes.
Léa bâilla. Un petit bâillement, qui fit trembler ses cils.
« Il me manque encore quelque chose », dit-elle d’une voix un peu plus lente.
« Quoi donc ? »
« Je ne sais pas, dit Léa. Mais je vais le trouver. »

Le dernier objet
Léa regarda dans la valise. Il y avait Mouton, les chaussettes, la balle de laine rouge, le savon rose, l’étoile qui brille, et une chanson invisible.
Elle regarda dans la chambre. Il y avait la lampe, le tapis, la chaise, la fenêtre avec la lune.
Elle regarda Papa.
« Papa ? » dit-elle.
« Oui, ma puce ? »
« Est-ce que tu peux venir aussi ? »
Papa resta un instant sans parler. Il avait la gorge un peu serrée, de cette façon douce qu’ont les papas quand ils sont contents.
« Je ne rentre pas dans la valise, dit-il. Mais je peux t’accompagner jusqu’à la porte du pays du sommeil. »
« C’est où, la porte ? » demanda Léa.
« C’est ton lit », dit Papa.
Léa éclata d’un petit rire. Elle ferma la valise : clic, clac. Elle la posa au pied du lit, bien droite, bien sage.
Puis elle grimpa sous sa couette. Papa remonta la couverture jusqu’à son menton.
« Voilà, dit-il. Tu es arrivée à la porte. »
« Alors je peux entrer ? »
« Quand tu veux. »
Léa serra Mouton, qu’elle avait ressorti de la valise juste au dernier moment. Elle regarda la lune par la fenêtre, toute ronde, qui l’accompagnait.
« Bonsoir, la lune », murmura-t-elle.
« Bonne nuit, Léa », chuchota Papa.
« Bon voyage, Papa », dit Léa.
Papa éteignit la lampe. Dans le noir, il resta encore un peu assis, sans bruit, pour écouter la respiration de sa fille qui devenait lente, lente, lente.
La valise rouge attendait au pied du lit, avec la chanson dedans, les chaussettes, le savon rose.
Et Léa, bien au chaud, avait déjà passé la porte.
Fin
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Écrit par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums