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Histoires du soir

Le petit flocon qui ne voulait pas tomber

Plume, un tout petit flocon de neige, a peur de quitter son nuage. Alors il descend très lentement, et s'arrête en chemin chez de drôles d'amis.

3-5 ans À lire en 15 min Ouvrir le livre

Aline Bertin

Le petit flocon qui ne voulait pas tomber

Là-haut, dans le gros nuage gris

Tout là-haut dans le ciel, au-dessus des collines et des toits, flottait un gros nuage gris, tout rond, tout moelleux, comme un édredon. Dans ce nuage, il y avait des milliers et des milliers de petits flocons de neige. Ils étaient blancs, ils étaient légers, ils étaient serrés les uns contre les autres.

Un soir d’hiver, le nuage dit d’une voix grave et douce :

« Mes petits flocons, il est temps. Il est temps de descendre sur la terre, et de la couvrir d’un grand manteau blanc. »

Alors, un par un, les flocons sautèrent. Frrr, frrr, frrr. Ils tourbillonnaient dans l’air, ils dansaient, ils riaient. Et le nuage devenait de plus en plus léger.

Mais un tout petit flocon, au fond du nuage, ne bougeait pas.

Il s’appelait Plume. Il avait six branches fines comme de la dentelle, et il tenait de toutes ses forces au bord du nuage.

« Eh bien, Plume, dit le nuage. Tu ne descends pas ? »

« J’ai un peu peur, dit Plume. C’est très loin, en bas. Et si je tombe trop vite ? Et si je ne sais pas où atterrir ? »

« Alors, dit le nuage, je vais te dire un secret. Un flocon ne tombe jamais vite, quand il ne se presse pas. Il se laisse porter. Il suffit de respirer doucement, de lâcher un petit bout de nuage, puis un autre. Et de se dire : tombe doucement, petit flocon, tombe doucement. »

Plume regarda tout en bas. Il ne voyait presque rien : juste une grande ombre bleue, avec quelques points de lumière, comme des graines d’or semées dans un champ. C’était la terre, qui attendait la neige.

Plume prit une grande respiration. Il lâcha un petit bout de nuage.

« Tombe doucement, petit flocon, tombe doucement, murmura-t-il. »

« Voilà, dit le nuage. Tu vois ? »

Le sapin aux branches basses

Plume descendit un peu. Frrr, frrr, frrr. Il glissait dans l’air froid, il tournait sur lui-même, comme une petite toupie de dentelle. Le vent le portait doucement, de droite à gauche, de gauche à droite.

Il passa devant une étoile, qui lui fit un clin d’œil. Il passa devant une chouette qui volait sans bruit. Et bientôt, il vit sous lui une forêt toute noire, avec un grand sapin vert foncé au milieu.

Le sapin tendait ses branches vers le ciel, comme pour attraper les flocons.

« Ohé, petit flocon, dit le sapin. Viens te reposer un instant. J’ai de la place sur ma plus grande branche. »

Plume se posa sur une aiguille verte. Elle était piquante, mais elle était accueillante. Il y avait déjà d’autres flocons, qui faisaient un petit tapis blanc.

« Merci, dit Plume. Je suis un peu fatigué. »

« Repose-toi, dit le sapin. Ici, tu es au chaud dans le froid. »

Plume resta un moment sur la branche. Il regarda la forêt endormie. Un petit lièvre passa en bas, sur la pointe des pattes, et laissa sur la neige quatre petites traces rondes. Pof, pof, pof, pof.

Puis le vent se leva, tout doucement, et fit frissonner les branches.

« Il est temps de repartir, dit le sapin. Mais n’aie pas peur. Le chemin est long, mais il est beau. »

Sur un toit de village enneigé, un chat gris assis sur une cheminée de brique rouge regarde tomber la neige.

« Tombe doucement, petit flocon, tombe doucement, murmura Plume. »

« C’est ça, dit le sapin. Bonne route. »

Et Plume se laissa glisser de la branche. Frrr, frrr, frrr.

Le toit et la cheminée

Plume descendit encore un peu. Il tourna, tourna, tourna, et sous lui, il aperçut un village. Des petits toits couverts de blanc. Des fenêtres allumées, toutes jaunes, comme des petits carrés de miel. Des fumées qui montaient des cheminées, en spirales.

Un des toits était tout pentu, avec une vieille cheminée en briques rouges. Sur la cheminée, un chat gris était assis, bien droit, et il regardait la neige tomber avec de grands yeux ronds.

« Ohé, petit flocon, dit la cheminée. Viens te reposer un instant. J’ai de la place sur mon chapeau. »

Plume se posa sur le chapeau de la cheminée. Il était tiède. Un peu de fumée lui chatouillait les branches.

« Merci, dit Plume. Mais je ne vais pas fondre ? »

« Un tout petit peu, dit la cheminée, si tu restes trop longtemps. Alors, repose-toi juste un instant, comme un oiseau. »

Plume resta un moment sur la cheminée. Il écouta la maison respirer. Par le conduit montait un bruit de voix, un rire d’enfant, et le crépitement d’un feu de bois. Crac, crac, crac, faisait le feu.

Le chat gris tourna la tête et le regarda. Il ne dit rien, mais ses yeux dirent : bonne nuit.

Sous un lampadaire orangé où dansent les flocons, un petit garçon en pyjama bleu colle son nez à la vitre.

Puis le vent se leva, tout doucement, et fit tourner la fumée.

« Il est temps de repartir, dit la cheminée. Mais n’aie pas peur. Le chemin est long, mais il est beau. »

« Tombe doucement, petit flocon, tombe doucement, murmura Plume. »

« C’est ça, dit la cheminée. Bonne route. »

Et Plume se laissa glisser du toit. Frrr, frrr, frrr.

La fenêtre du petit garçon

Plume descendit encore un peu. Il traversa une ruelle, où un lampadaire faisait un grand rond de lumière orange. Dans ce rond, mille flocons dansaient, comme de la poussière d’or. Plume dansa avec eux un instant, un pas à gauche, un pas à droite.

Puis il arriva devant une fenêtre. C’était la fenêtre d’une petite chambre, et derrière la vitre, il y avait un petit garçon en pyjama bleu. Il avait le nez collé contre le verre. Il regardait la neige.

« Ohé, petit flocon, dit la fenêtre. Viens te reposer un instant. J’ai de la place sur mon rebord. »

Plume se posa sur le rebord. Il y avait déjà une petite couche de neige, toute douce, comme un coussin.

« Merci, dit Plume. C’est joli, ici. »

« Regarde, dit la fenêtre. Le petit garçon te voit. »

Le petit garçon souriait. Il avait posé son doigt sur la vitre, juste en face de Plume. Il dessinait un petit rond dans la buée.

Le petit garçon dessine un rond dans la buée de la vitre; dehors, un flocon brille sur le rebord enneigé.

« Bonne nuit, petit flocon, dit-il tout bas, même si Plume ne pouvait pas l’entendre. Va dormir sur la colline. Demain, je viendrai te voir. »

Plume ne pouvait pas répondre. Mais ses six branches brillèrent un peu plus fort dans la lumière de la chambre.

Plume pensa que ce petit garçon avait de la chance, d’avoir une chambre si chaude. Mais il pensa aussi qu’il avait de la chance, lui, d’avoir un si grand ciel.

Puis le vent se leva, tout doucement, et souffla sur le rebord.

« Il est temps de repartir, dit la fenêtre. Mais n’aie pas peur. Le chemin est presque fini. »

« Tombe doucement, petit flocon, tombe doucement, murmura Plume. »

« C’est ça, dit la fenêtre. Bonne route. »

Et Plume se laissa glisser du rebord. Frrr, frrr, frrr.

Dans un grand champ blanc et silencieux sous les étoiles, le petit flocon se pose parmi des milliers d'autres.

Le grand champ blanc

Cette fois, Plume ne s’arrêta plus. Il n’avait plus peur. Il avait compris le secret du nuage.

Il descendait lentement, lentement, comme dans un rêve. Il passa au-dessus des maisons. Il passa au-dessus du pont. Il passa au-dessus d’une rivière, toute noire et toute calme, où la neige tombait sans faire un bruit.

Et enfin, il vit en bas un grand champ. Un champ immense, silencieux, sans une trace, sans un pas. Un champ où des milliers et des milliers de flocons s’étaient déjà posés, les uns contre les autres, pour faire un grand tapis blanc.

« Ohé, Plume ! crièrent les flocons. Te voilà enfin ! Nous t’attendions ! »

« C’est moi, dit Plume. J’ai pris mon temps. »

« Tu as bien fait, dirent les flocons. Viens. Il y a une place pour toi. »

Plume se posa, tout doucement, sur le tapis. Il ne fit aucun bruit. Il se glissa entre deux flocons, comme un enfant se glisse entre deux oreillers. L’un était rond, l’autre un peu pointu, mais tous deux étaient tièdes de tant de câlins.

« Je suis arrivé », murmura Plume.

Au-dessus de lui, le ciel était tout noir, et plein d’étoiles. Le gros nuage gris, tout léger maintenant, s’éloignait lentement, poussé par le vent.

« Bonne nuit, mes petits flocons, dit le nuage, de très loin. Bonne nuit, Plume. »

Le petit flocon se blottit entre deux autres flocons, couvert d'une fine couverture de neige, sous un ciel plein d'étoiles.

D’autres flocons tombaient encore, un par un, sur le grand champ. Frrr, frrr, frrr. Ils se posaient sur Plume, comme une couverture légère, très légère.

Plume sentit les autres flocons respirer autour de lui, tout doucement, tous ensemble, comme un seul grand souffle. Il se dit qu’il n’était plus un petit flocon tout seul. Il était un morceau de la nuit blanche.

Il faisait doux sous la neige, malgré le froid. Il faisait calme. Il faisait blanc.

Plume ferma ses six branches, l’une après l’autre. Il pensa au sapin, qui l’avait accueilli. Il pensa à la cheminée, qui l’avait réchauffé. Il pensa à la fenêtre, et au petit garçon qui lui avait dit bonne nuit.

« Tombe doucement, petit flocon, tombe doucement », murmura-t-il, une dernière fois, tout bas, tout bas, tout bas.

Et il s’endormit.

La neige couvre le village endormi; dans sa chambre, le petit garçon dort sous sa couverture, près de la fenêtre.

La nuit blanche

Toute la nuit, la neige continua de tomber. Doucement, doucement, doucement. Elle couvrit le champ. Elle couvrit la colline. Elle couvrit les toits du village, et le toit de la maison au chat gris, et le rebord de la fenêtre du petit garçon.

Dans la petite chambre, le petit garçon s’était recouché. Il avait remonté la couverture jusqu’au menton. Il pensait au petit flocon qu’il avait vu. Il se demandait où il avait bien pu aller.

« Il dort sûrement, se dit-il. Dans un grand lit blanc. »

Et il avait raison.

Le vent s’était calmé. Plus un souffle ne passait dans les branches. Le sapin dormait, la cheminée dormait, la rivière dormait. Même la lune s’était cachée derrière un nuage, pour faire encore plus d’ombre et de silence.

Tout était blanc. Tout était calme. Tout était doux.

Et dans le grand champ, sous des milliers de flocons endormis, Plume rêvait. Il rêvait qu’il était un oiseau, puis une étoile, puis un tout petit morceau de nuage. Il rêvait qu’il tombait encore, très lentement, très doucement, à travers un ciel sans fin.

Tombe doucement, petit flocon, tombe doucement.

Et toi aussi, tu peux te laisser tomber doucement dans ton lit, dans ton oreiller, dans ton sommeil, comme un petit flocon de neige qui n’a plus peur de rien.

Fin

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Écrit par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums