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Histoires du soir

Le gardien de but qui fermait les yeux

Kofi a peur des penalties. Un soir d'entraînement, son coach lui demande de fermer les yeux et d'écouter, et ce petit secret change tout pour lui.

9-12 ans À lire en 5 min Ouvrir le livre

Aline Bertin

Le gardien de but qui fermait les yeux
Kofi, gardien de but, attend seul sur le terrain vide au coucher du soleil.

Le poteau gauche

Kofi avait onze ans, des gants trop grands pour lui, et la place la plus redoutée du terrain : gardien de but. À chaque penalty, son ventre se serrait comme une chaussette qu’on tord.

Le dernier match de l’année avait lieu le samedi suivant, contre l’équipe de la rue d’en face. Tout le monde comptait sur lui. Et plus il y pensait, moins il y arrivait.

À l’entraînement du mercredi, le coach Armand le regarda rater trois arrêts de suite. Il ne dit rien. Il rassembla simplement les ballons dans un filet, et il dit : « Reste un peu, Kofi. »

Quand tous les autres furent partis, le terrain devint silencieux. Le soleil rasait les poteaux, et les ombres s’allongeaient comme des échelles.

Les yeux fermés, Kofi plonge et arrête le ballon sous le regard de son coach.

Les yeux fermés

« Mets-toi dans le but, dit le coach. Ferme les yeux. »

Kofi crut à une plaisanterie. « Pourquoi ? »

« Parce que tu regardes trop. Tu regardes le tireur, le filet, les copains qui t’observent, le ciel. Ton corps n’a plus assez de place pour écouter. »

Alors Kofi ferma les yeux.

D’abord, il n’entendit rien. Puis il entendit le vent dans les haies, une mobylette au loin, un oiseau qui répétait trois notes. Puis, très nettement, le bruit des crampons du coach sur l’herbe, qui reculait de dix pas.

« Je vais tirer, dit le coach. Ne cherche pas où. Écoute juste. »

Tchac. Le pied frappa le ballon. Kofi ne vit rien, mais il sentit le son : un bruit rond, un peu grave, qui filait à sa droite, au ras de l’herbe.

Son corps plongea avant que sa tête ait décidé. Ses gants se refermèrent.

Le ballon était dedans.

Kofi rouvrit les yeux. Il avait le souffle court et un grand sourire qu’il n’arrivait pas à retenir. « Encore », dit-il. Le coach recula, tira de nouveau, à gauche cette fois. Kofi entendit le ballon avant de le sentir, et il s’étira, les doigts tendus. Il en arrêta quatre sur six. Les deux autres passèrent, et il ne s’en fâcha même pas. Le coach rangea les ballons en sifflotant. « Voilà, dit-il. Ce n’est pas de la magie. C’est juste de l’écoute. »

Kofi rentre chez lui, un ballon sous le bras, devant un bus à l'arrêt.

Samedi soir

Le samedi, il y avait du monde au bord du terrain. Des parents, des petits frères, un chien qui aboyait pour rien. Au dernier quart d’heure, le score était un partout, et l’arbitre siffla un penalty.

Kofi se plaça sur la ligne. Son cœur battit un peu plus fort. Il regarda le ballon, le tireur, la foule…

Puis il pensa au mercredi.

Il baissa les paupières, juste une seconde. Il écouta le vent. Il écouta la respiration du joueur d’en face, qui reculait de quatre pas.

Tchac.

Le son vint à gauche, un peu haut. Kofi s’envola, étira son bras, et sentit le cuir cogner dans sa paume avant de rebondir loin du but.

Les copains hurlèrent. Le coach, sur la touche, ne fit qu’un petit geste de la main, comme pour dire : bien joué, mais ce n’est qu’un jeu.

On ne gagna pas le match. On fit match nul, un partout. Mais quand Kofi rentra chez lui, dans la lumière orange du soir, il avait les gants sous le bras et quelque chose de calme dans la poitrine.

Ce soir-là, avant de s’endormir, il ferma les yeux sur son oreiller. Il n’entendit plus que la maison qui respirait, un robinet, un pas léger dans l’escalier.

Et il comprit que le silence, finalement, était un très bon coéquipier.

Fin

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Écrit par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums