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Histoires du soir

Où est passée la glissade de Pablo ?

Pablo le petit manchot ne retrouve plus sa glissade du soir : la neige l'a recouverte. Avec ses amis, il va la réveiller, à plat ventre, tous ensemble.

3-5 ans À lire en 10 min Ouvrir le livre

Aline Bertin

Où est passée la glissade de Pablo ?
Pablo le petit manchot regarde la colline recouverte de neige fraîche.

Une colline toute blanche

Au bout du monde, là où tout est de neige et de glace, vivait un petit manchot qui s’appelait Pablo.

Pablo avait un ventre blanc, un dos noir, et un petit bec orange. Il marchait en se dandinant, un pied, puis l’autre : plic, ploc, plic, ploc.

Chaque soir, il faisait la même chose. Il montait en haut de la colline, il se couchait sur le ventre, et il se laissait glisser tout en bas, jusqu’à son coin de neige douce, là où Maman l’attendait.

« Wiiiiiz ! » faisait Pablo.

C’était sa glissade. Elle était lisse, elle était longue, elle était la plus belle du monde. Et quand il arrivait en bas, il disait toujours : « Encore une ! » Puis il disait : « Non, une seule, c’est l’heure de dormir. »

Ce soir-là, Pablo monta en haut de la colline comme d’habitude. Plic, ploc, plic, ploc.

Mais là-haut, il s’arrêta.

La colline était toute blanche. Toute douce. Toute gonflée. Pendant la journée, il avait neigé, et la neige avait tout recouvert.

Pablo regarda à droite. Pas de glissade.

Pablo regarda à gauche. Pas de glissade.

« Oh, dit-il. Où est passée ma glissade ? »

Pablo s'enfonce dans la neige molle, Gaston le gros phoque rit à côté.

Gaston le phoque

Pablo descendit à pied. Plic, ploc, plic, ploc. Il s’enfonçait à chaque pas, et la neige lui chatouillait le ventre.

Au pied de la colline, sur un gros bloc de glace, dormait Gaston le phoque, gros et gris, avec de longues moustaches blanches qui frémissaient.

« Gaston ? dit Pablo. Tu as vu ma glissade ? »

Gaston ouvrit un œil. Puis le deuxième.

« Ta glissade ? dit-il d’une grosse voix endormie. Hmmmm. Non, petit. Je n’ai vu que de la neige. Beaucoup de neige. Elle est tombée toute la journée. »

« Elle a emporté ma glissade », dit Pablo, tristement.

« Elle ne l’a pas emportée, dit Gaston. Elle l’a couverte. C’est comme une couverture. Ta glissade dort peut-être dessous. »

« Elle dort ? »

« Peut-être. Tout dort, sous la neige. »

Pablo réfléchit. Il toucha la neige avec son pied. Elle était molle, poudreuse, pas du tout glissante.

Il essaya quand même. Il se coucha sur le ventre, il leva son bec vers le ciel, et il poussa avec ses petites ailes. Pffff. Rien. Il s’enfonça dans la neige jusqu’au menton, comme une cuillère dans un yaourt.

« Pouah, dit Pablo en crachant un peu de neige. Ça ne glisse pas. Ça mange. »

Gaston rit doucement, et son gros ventre se mit à trembler comme une gelée.

« Mais moi, je veux glisser, dit Pablo. Wiiiiiz. »

« Alors », dit Gaston, il faut peut-être la réveiller.

« Comment on réveille une glissade ? »

Gaston bâilla, un énorme bâillement qui fit trembler ses moustaches.

« Va demander à l’albatros. Il connaît tous les chemins du ciel et de la neige. »

L'albatros explique à Pablo comment tasser la neige.

L’albatros qui sait tout

Pablo trouva l’albatros sur un rocher plat, au bord de la glace. Il avait de très grandes ailes blanches, qu’il tenait repliées comme deux manteaux, et un regard doux.

« Bonsoir, albatros, dit Pablo. Ma glissade a disparu sous la neige. Comment on la réveille ? »

L’albatros pencha la tête.

« Une glissade, dit-il lentement, c’est un chemin que l’on a tracé à force de glisser. Tant que la neige est molle, elle ne glisse pas. Pour la réveiller, il faut passer dessus. Encore. Et encore. »

« Encore ? » dit Pablo.

« Oui. Il faut tasser. Il faut appuyer. Petit à petit, la neige devient lisse, et ta glissade revient. »

« Mais je suis tout petit, dit Pablo. Je ne suis pas assez lourd. »

L’albatros sourit de son bec courbé.

« Alors il ne faut pas être seul. »

Il déploya ses grandes ailes, très doucement, et il souffla un peu de vent sur la neige pour mettre Pablo sur la bonne route.

Pablo remonta la colline. Plic, ploc, plic, ploc. Et cette fois, il n’était pas seul : Gaston le phoque, qui avait envie de glisser lui aussi, le suivait en rampant sur son gros ventre, flop, flop, flop.

Et derrière Gaston, dans la nuit bleue, arrivaient trois autres petits manchots, qui avaient entendu parler d’une glissade perdue, et qui ne voulaient pas la manquer.

Ils s’appelaient Lola, Théo et le tout petit Nino. Lola avait un bout d’aile abîmé, Théo avait toujours le hoquet, et Nino ne parlait presque jamais, mais il avait de grands yeux qui disaient tout.

« On peut venir ? » chuchota Lola.

« Bien sûr, dit Pablo. Plus on est nombreux, mieux c’est pour tasser la neige. »

Hic, fit Théo. Et ils continuèrent à monter tous ensemble, en file, dans la nuit qui sentait la glace.

Des manchots attendent au bord de la pente enneigée.

Wiiiiiz, tous ensemble

En haut de la colline, ils se mirent en rang.

Pablo d’abord. Puis les trois petits manchots. Puis Gaston le phoque, le plus gros, le plus rond, le plus lourd.

« Prêts ? » dit Pablo.

« Prêts », dirent les petits manchots.

« Prêt », dit Gaston, avec un bâillement.

« Alors, un, deux, trois… »

« Wiiiiiz ! »

Ils se couchèrent sur le ventre et ils glissèrent. Pas très vite. Pas très bien. La neige était molle et collait un peu. Mais ils glissèrent quand même, jusqu’en bas, en laissant une longue trace bien creusée.

Puis ils remontèrent. Plic, ploc, plic, ploc. Flop, flop, flop.

« Wiiiiiz ! »

Cette fois, la trace était un peu plus lisse.

Ils remontèrent. Ils glissèrent. Ils remontèrent encore. Chaque fois, la neige se tassait un peu plus, devenait un peu plus brillante, un peu plus dure sous les ventres. Et chaque fois, le « wiiiiiz » était un peu plus long.

À la septième fois, Pablo regarda derrière lui. La glissade était là. Longue, lisse, brillante comme un ruban de lune, étendue sur toute la colline.

« Elle s’est réveillée ! » cria-t-il.

« Elle s’est réveillée, confirma Gaston, avec un petit sourire. Et elle est plus belle qu’avant. »

Alors Pablo monta une toute dernière fois. Il se coucha sur le ventre. Tous les autres le regardaient.

« Wiiiiiiiiiiiz », fit-il, tout doucement, tout doucement, jusqu’en bas.

Il s’arrêta pile devant son coin de neige douce. Maman Manchot l’attendait, les ailes ouvertes.

« Te voilà, mon petit », dit-elle.

« J’ai retrouvé ma glissade, dit Pablo. Elle dormait sous la neige. »

« Alors, elle a bien fait de se réveiller, dit Maman. Elle t’a attendu. »

Pablo se blottit contre elle. Il sentait la neige fraîche, les plumes tièdes, et le vent qui chantait au loin.

« Encore une ? » murmura-t-il, par habitude.

« Demain », dit Maman.

« Demain », répéta Pablo en fermant les yeux.

Sur la colline, la glissade brillait sous les étoiles, longue et lisse, et elle s’endormit à son tour, jusqu’au prochain petit manchot qui viendrait la réveiller.

Fin

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Écrit par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums