La petite chaussette rouge cherche sa jumelle
Une nuit, dans une maison endormie, une petite chaussette rouge sautille de pièce en pièce pour retrouver sa sœur jumelle perdue depuis le soir.
Sous le grand lit
Dans une maison où tout le monde dormait, il y avait une petite chaussette rouge. Elle était toute douce, toute ronde, avec un talon un peu rapiécé et un petit pompon au bout.
Elle s’était réveillée sous un grand lit, au milieu des moutons de poussière.
« Où suis-je ? dit la chaussette. Et où est ma sœur jumelle ? »
Car la petite chaussette rouge avait une jumelle, exactement pareille, avec le même talon et le même pompon. Toute la journée, elles avaient voyagé ensemble, dans les mêmes bottes, sur le même chemin. Et maintenant, il n’y avait plus qu’une seule chaussette sous le lit.
« Je vais la chercher, décida la chaussette rouge. Je la trouverai avant le matin. »
La maison était calme. Une petite veilleuse jaune brillait dans le couloir, comme une grosse luciole posée sur la prise. Tic, tac, tic, tac, faisait l’horloge du salon.
La chaussette rouge se glissa hors de sa cachette. Elle ne marchait pas : elle sautillait. Floc, floc, floc, sur le parquet.

Le bouton et la brique
Dans le couloir, tout près de la veilleuse, la chaussette rouge rencontra un petit bouton rond. Il était blanc, avec quatre trous, et il roulait doucement sur le sol.
« Bonsoir, bouton, dit la chaussette. Es-tu ma sœur jumelle ? »
Le bouton s’arrêta, et il la regarda de ses quatre trous.
« Ah non, dit-il. Moi, je suis un bouton. Je me suis détaché d’une chemise, hier. Tu es rouge et molle. Je suis blanc et dur. Je ne suis pas ta sœur. »
« Je vois, dit la chaussette. Merci, bouton. Dors bien. »
Et elle repartit, floc, floc, floc.
Un peu plus loin, devant la porte de la chambre des enfants, elle rencontra une grosse brique en bois, jaune comme un citron. Elle était posée là depuis le goûter.
« Bonsoir, brique, dit la chaussette. Es-tu ma sœur jumelle ? »
La brique ne bougea pas. Elle réfléchit longtemps, car une brique en bois réfléchit toujours lentement.
« Ah non, dit-elle enfin. Moi, je suis une brique. J’ai des coins carrés et je sers à faire des tours. Tu es ronde et douce. Je ne suis pas ta sœur. »
« Je vois, dit la chaussette. Merci, brique. Dors bien. »
Et elle repartit, floc, floc, floc.

La pantoufle du salon
La chaussette rouge entra dans le salon. Là, devant le canapé, dans un rayon de lune qui passait par la fenêtre, elle vit une grosse pantoufle grise. Elle était posée de travers, avec un petit trou au bout, par où l’on voyait un peu de laine.
« Bonsoir, pantoufle, dit la chaussette. Es-tu ma sœur jumelle ? »
La pantoufle bâilla, un grand bâillement tout mou.
« Ah non, dit-elle. Moi, je suis une pantoufle. Je suis grande et un peu usée. Je tiens chaud aux pieds de grand-père. Tu es petite et toute neuve. Je ne suis pas ta sœur. »
« Je vois, dit la chaussette. Merci, pantoufle. Dors bien. »
La pantoufle sourit, comme sourient les pantoufles, avec un petit pli de côté.
« Attends, dit-elle. Je ne suis pas ta sœur, mais je peux t’aider. Pendant la journée, j’ai vu beaucoup de choses, du fond de mon coin. Et tout à l’heure, j’ai vu quelque chose de rouge, avec un pompon au bout. Cela allait vers la cuisine, dans les bras d’un petit garçon. »
« Vers la cuisine ? dit la chaussette. »
« Vers la cuisine, dit la pantoufle. Et puis, je me suis endormie. »
La chaussette rouge fit un grand saut de joie.
« Merci, merci, pantoufle ! » dit-elle.
Et elle repartit, floc, floc, floc, vers la cuisine.

Dans la cuisine endormie
La cuisine était toute silencieuse. Le frigo ronronnait tout bas, comme un gros chat. Mmmm, mmmm, faisait-il. La lune posait sur la table une grande tache d’argent. Sur la table, il y avait une corbeille, et dans la corbeille, des pommes, des poires, et un bol en faïence plein de petites cuillères.
« Bonsoir, cuillère, dit la chaussette en passant. Es-tu ma sœur jumelle ? »
La petite cuillère brilla un peu dans la lune.
« Ah non, dit-elle. Moi, je suis une cuillère. Je sers à manger la soupe. Tu es rouge et tricotée. Je suis lisse et brillante. Je ne suis pas ta sœur. »
« Je vois, dit la chaussette. Merci, cuillère. Dors bien. »
Et elle continua. Floc, floc, floc.
Alors, au pied de la table, elle aperçut une toute petite botte en caoutchouc vert, posée près de la porte. Et au bord de la botte, quelque chose dépassait. Quelque chose de rouge. Quelque chose de rond. Quelque chose avec un petit pompon au bout.
Le cœur de la chaussette fit boum, boum, boum.
« Est-ce toi ? » demanda-t-elle tout bas.
Le pompon bougea. Il se redressa un peu, il s’étira, et une petite voix sortit de la botte, une voix toute ensommeillée, toute chaude.
« Oh, dit la voix. C’est toi ? Je t’ai cherchée toute la soirée. Je me suis endormie ici, en t’attendant. »

C’était sa sœur jumelle. Exactement la même, avec le même talon rapiécé et le même pompon.
Les deux sœurs
La chaussette rouge entra dans la botte verte en sautillant, floc, et les deux sœurs se serrèrent très fort, l’une contre l’autre.
« Je t’ai trouvée, dit la première. »
« Tu m’as trouvée, dit la seconde. »
« J’ai rencontré un bouton, une brique, une pantoufle et une cuillère, dit la première. »
« Moi, j’ai rencontré un grand silence, dit la seconde, et puis j’ai dormi. »
Elles rirent doucement, ensemble, pour ne réveiller personne.
Dans la botte, il y avait juste la place pour deux petites chaussettes. Elles se collèrent l’une à l’autre, talon contre talon, pompon contre pompon, comme deux amies qui font un gros câlin.
Dehors, la lune glissait doucement le long de la fenêtre. Tic, tac, tic, tac, faisait l’horloge du salon, de plus en plus lentement. Mmmm, mmmm, ronronnait le frigo.
Dans le couloir, le bouton s’était arrêté de rouler. La brique dormait, les coins bien posés. La pantoufle ronflait un tout petit ronflement de laine. La cuillère brillait toute seule dans son bol.
« Bonne nuit, ma sœur, dit la première chaussette. »
« Bonne nuit, ma sœur, dit la seconde. Demain, nous repartirons ensemble, dans les mêmes bottes, sur le même chemin. »
Leurs deux pompons se touchèrent. Leurs fils tricotés devinrent tout lourds, tout chauds, tout calmes.
Tic, tac, faisait l’horloge, tout bas.
Tic.
Tac.
Et dans la petite botte verte, près de la porte de la cuisine, deux petites chaussettes rouges dormaient côte à côte, bien au chaud, jusqu’au matin.
Et toi, tu peux dormir aussi, bien au chaud, avec tous ceux que tu aimes tout près de toi.
Fin
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Écrit par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums