Noisette, le petit âne et la charrette de couvertures
Chaque soir, le petit âne Noisette traverse la ferme avec sa charrette pour border la poule, le mouton, la vache et le canard, avant de s'endormir à son tour.

La charrette de Noisette
Au bout du chemin de la ferme, il y avait un petit âne blanc qui s’appelait Noisette. Il avait de longues oreilles douces, un museau tout velouté, et une petite charrette en bois qui grinçait un peu.
Chaque soir, quand le soleil devenait orange, Noisette sortait de l’écurie. Dans sa charrette, il y avait des couvertures. Des couvertures de laine, bien pliées, bien chaudes, qui sentaient le foin et le soleil.
« Il est l’heure, se disait Noisette. Il est l’heure de border tout le monde. »
Et il partait sur le chemin, tout doucement.
Clop, clop, clop, faisaient ses sabots.
Cric, cric, cric, faisait la charrette.
Clop, clop, clop. Cric, cric, cric. Le chemin était long, mais Noisette n’était pas pressé. Un âne qui porte des couvertures ne se presse jamais. Il marche à son pas, un pas rond, un pas tranquille, un pas qui dit : tout va bien.

La poule Rosette
La première maison, c’était le poulailler. Le toit était un peu de travers, la porte avait une petite lanterne, et sur le perchoir, la poule Rosette se tenait déjà, les plumes toutes ébouriffées.
« Bonsoir, Noisette, dit-elle d’une voix fatiguée. J’ai un peu froid aux pattes. »
« Bonsoir, Rosette, répondit l’âne. J’ai exactement ce qu’il te faut. »
Il choisit une couverture bien ronde, la plus petite de la charrette. Avec ses grandes dents douces, il la prit délicatement, et il la posa sur le dos de la poule. Puis il la remonta jusqu’à son bec, juste un peu, pas trop.
« Oh, fit Rosette. C’est chaud comme un nid. »
Elle ferma un œil. Puis elle ferma l’autre.
« Dors bien, Rosette, murmura Noisette. »
« Cot… cot… cot… », fit la poule, de plus en plus bas.
Et Noisette repartit.
Clop, clop, clop, faisaient ses sabots.
Cric, cric, cric, faisait la charrette.

Le mouton Flocon
La deuxième maison, c’était la grande bergerie. Dans le fond, sur un tas de paille dorée, le mouton Flocon était assis. Sa laine était toute frisée, toute blanche, et il bâillait de grands bâillements.
« Bonsoir, Noisette, dit-il. Je n’arrive pas à m’endormir. J’ai les pensées qui tournent. »
« Bonsoir, Flocon, répondit l’âne. J’ai exactement ce qu’il te faut. »
Il choisit une couverture bien large, couleur de crème. Avec ses grandes dents douces, il la prit délicatement, et il la posa sur le dos du mouton. Puis il la remonta jusqu’à son menton, juste un peu, pas trop.
« Oh, fit Flocon. C’est chaud comme un nuage. »
Il ferma un œil. Puis il ferma l’autre.
« Dors bien, Flocon, murmura Noisette. »
« Bêêê… bêêê… bêêê », fit le mouton, de plus en plus bas.
Les pensées qui tournaient ralentirent. Elles tournèrent un peu moins vite, puis encore moins vite, puis elles s’arrêtèrent tout à fait, comme une toupie qui se couche.
Et Noisette repartit.
Clop, clop, clop, faisaient ses sabots.
Cric, cric, cric, faisait la charrette.
Le ciel devenait rose, puis violet. Une première étoile s’alluma, toute petite, au-dessus du grand chêne.

La vache Marguerite
La troisième maison, c’était l’étable. Il y faisait bon, et ça sentait le lait tiède. Au milieu, la vache Marguerite était couchée, ses grands yeux noirs à moitié ouverts.
« Bonsoir, Noisette, dit-elle d’une voix lente. J’ai fait tant de chemin aujourd’hui, dans le grand pré. Mes pattes sont lourdes. »
« Bonsoir, Marguerite, répondit l’âne. J’ai exactement ce qu’il te faut. »
Il choisit une couverture bien épaisse, rayée de bleu. Avec ses grandes dents douces, il la prit délicatement, et il la posa sur le dos de la vache. Puis il la remonta jusqu’à ses oreilles, juste un peu, pas trop.
« Oh, fit Marguerite. C’est chaud comme un gros câlin. »
Elle ferma un œil. Puis elle ferma l’autre.
« Dors bien, Marguerite, murmura Noisette. »
« Meuuu… meuuu… meuuu », fit la vache, de plus en plus bas.
Et ses pattes lourdes devinrent légères, légères, légères, comme si elles flottaient au-dessus de la paille.
Noisette sourit. Puis il repartit.
Clop, clop, clop, faisaient ses sabots.
Cric, cric, cric, faisait la charrette.

Le canard Gouttelette
La quatrième maison, c’était la mare. L’eau était calme, toute lisse, et on y voyait la première étoile qui se regardait dans un miroir. Sur la rive, dans les roseaux, le canard Gouttelette se tenait tout seul, un peu en boule.
« Bonsoir, Noisette, dit-il tout bas. Il fait tout noir, ce soir, et je suis tout petit. »
« Bonsoir, Gouttelette, répondit l’âne. J’ai exactement ce qu’il te faut. »
Il chercha dans la charrette. Il y avait encore une couverture, la dernière, toute douce, couleur de miel. Avec ses grandes dents douces, il la prit délicatement, et il la posa sur le dos du canard. Puis il la remonta jusqu’au bout de son bec, juste un peu, pas trop.
« Oh, fit Gouttelette. C’est chaud comme un rayon de soleil. »
« Tu n’es pas si petit, dit Noisette. Tu es juste de la taille d’un canard, et c’est la taille parfaite pour dormir dans les roseaux. »
Gouttelette sourit. Il ferma un œil. Puis il ferma l’autre.
« Dors bien, Gouttelette, murmura Noisette. »
« Coin… coin… coin », fit le canard, de plus en plus bas.
Et la mare, toute lisse, toute calme, garda son dernier secret : une étoile, une seule, qui flottait sur l’eau, comme une petite lampe.

Et Noisette ?
La charrette était vide. Plus une seule couverture. Noisette resta un moment au bord de la mare, à regarder l’eau noire et l’étoile.
« Voilà, dit-il. Tout le monde est bordé. »
Il se retourna pour rentrer. Et il sentit alors quelque chose de lourd sur son dos. Un bâillement. Un grand bâillement qui venait de loin, de très loin, du fond de ses longues oreilles.
« Aaaah… », fit Noisette.
Il refit le chemin. Mais ce soir-là, il allait encore plus doucement que d’habitude.
Clop… clop… clop…, faisaient ses sabots.
Cric… cric… cric…, faisait la charrette.
Il passa devant la mare. Le canard dormait. Il passa devant l’étable. La vache dormait. Il passa devant la bergerie. Le mouton dormait. Il passa devant le poulailler. La poule dormait, sous sa petite lanterne.
« Cot… », fit la poule dans son sommeil, comme pour dire bonne nuit.
Noisette sourit. Il arriva devant l’écurie. La porte était entrouverte. Il y avait de la paille fraîche et, au fond, une dernière couverture, bien pliée, toute pour lui. Il ne l’avait jamais remarquée, parce que d’habitude, il pensait aux autres.
Il laissa la charrette devant la porte. Il entra, tout doucement. Il se coucha dans la paille tiède.
La couverture était chaude comme un nid. Chaude comme un nuage. Chaude comme un gros câlin. Chaude comme un rayon de soleil.
Noisette ferma un œil. Puis il ferma l’autre.
Dehors, la nuit était calme. La poule dormait, le mouton dormait, la vache dormait, le canard dormait. Et l’étoile, au-dessus de la ferme, veillait sur eux tous, sans faire de bruit.
Clop… clop… clop…
Cric… cric…
Et Noisette, le petit âne blanc, s’endormit.
Bonne nuit, Noisette.
Fin
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Écrit par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums