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Histoires du soir

Mila et le facteur des nuages

Mila ne trouve pas le sommeil, alors un petit nuage facteur lui demande de l'aider à distribuer les rêves du soir dans tout son immeuble endormi.

6-8 ans À lire en 5 min Ouvrir le livre

Aline Bertin

Mila et le facteur des nuages
Un petit nuage gris-bleu posé sur un balcon, entre un géranium et un arrosoir, regardé par une fillette en pyjama.

Un visiteur sur le balcon

Mila n’arrivait pas à s’endormir. Elle avait compté les moutons, puis les girafes, puis les moutons à pois. Rien à faire. Alors elle se leva en chaussettes et alla jusqu’à la porte-fenêtre du salon, qui donnait sur le balcon.

Et là, elle vit un nuage.

Pas un nuage dans le ciel. Un nuage sur le balcon, posé entre le géranium et l’arrosoir. Un petit nuage gris-bleu, rond comme un coussin, qui portait sur le côté une sacoche en cuir.

Mila ouvrit la porte-fenêtre avec précaution. « Bonsoir, dit-elle. Vous êtes perdu ? »

« Perdu ? Jamais ! répondit le nuage, d’une voix de brume. Je suis le facteur des nuages. Je distribue le courrier de la nuit. Mais mon vélo a un pneu à plat, et je suis en retard. »

« Vous avez un vélo ? »

« Non, dit le nuage. C’est une façon de parler. »

La fillette et le petit nuage flottent devant une fenêtre et glissent une fine enveloppe colorée dans la pièce.

La tournée

Mila s’assit sur l’accoudoir de la chaise longue. « Je peux vous aider ? Je ne dors pas de toute façon. »

Le nuage réfléchit, ce qui fit tomber trois gouttes sur le géranium. « Bon, d’accord. Mais il faut chuchoter. Le courrier de nuit est fragile. »

Il ouvrit sa sacoche. Elle était remplie d’enveloppes, minces comme des pétales, toutes de couleurs différentes. Sur chacune, il y avait un nom écrit à l’encre d’argent.

« Celle-ci est pour le chien du deuxième, dit le nuage. C’est une lettre pleine de lapins qui courent dans un champ. »

« Et celle-là ? »

« Pour la dame du troisième. Un voyage en bateau avec des dauphins. »

Mila prit la sacoche dans ses bras, et le nuage la fit flotter, avec elle dedans, jusqu’à la fenêtre voisine. Ils glissèrent la lettre du chien dans l’entrebâillement. Elle se déplia toute seule, avec un petit bruit de feuille, et disparut dans la pièce comme de la fumée douce.

Dans l’appartement, quelque chose bougea. Une patte remua, un museau poussa un soupir. Le chien rêvait de lapins.

« Ça marche ! chuchota Mila. »

« Bien sûr que ça marche, dit le nuage, un peu vexé. Je fais ça depuis longtemps. »

Sur le balcon éclairé par la lune, la fillette tient la sacoche vide et le nuage lui tend une dernière enveloppe bleu nuit.

Les enveloppes vides

Ils distribuèrent ainsi la lettre du dauphin, celle du jardin de bonbons, celle de la montagne où l’on glisse sur un traîneau. À chaque fenêtre, un petit soupir de bonheur s’élevait dans la nuit.

Quand ils eurent fini, la sacoche était vide.

Enfin, presque. Au fond, il restait une dernière enveloppe, d’un bleu très profond, presque noir, avec des étoiles minuscules sur les bords.

« Celle-là, pour qui ? demanda Mila. »

Le nuage la retourna doucement. L’encre d’argent brillait à la lumière de la lune.

« Pour Mila, lut-il. Troisième étage, balcon aux géraniums. »

Mila rougit jusqu’aux oreilles. « Pour moi ? Mais je ne l’attendais pas ! »

« Personne ne l’attend, dit le nuage. C’est pour ça qu’on la livre en dernier. Elle ne peut arriver que quand on arrête de la chercher. »

Sous sa couette, la fillette tient la lettre bleu nuit sur l'oreiller, tandis qu'un petit nuage s'éloigne dans le ciel.

La dernière lettre

Mila retourna dans sa chambre, l’enveloppe serrée contre elle. Le nuage resta sur le balcon, un instant, puis il se gonfla un peu, se détacha de la rambarde et monta dans le ciel, léger comme un souffle. Son pneu à plat, finalement, n’avait pas l’air de le gêner.

Mila se glissa sous sa couette. Elle ne connaissait pas le contenu de la lettre. Elle l’ouvrit à peine, du bout du doigt, et sentit une odeur de forêt après la pluie, de feu de bois, de confiture tiède.

Alors ses paupières devinrent lourdes. La lettre se déplia toute seule, sur l’oreiller, et se mit à raconter, tout bas, une histoire que Mila ne put jamais répéter le lendemain.

Elle savait seulement qu’il y avait un nuage dedans, et qu’il lui disait merci.

Fin

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Écrit par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums