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Histoires du soir

Le pirate qui avait le mal de mer

Le capitaine Basile est le pirate le plus redouté de la baie, mais dès que son bateau tangue, il devient tout vert. La cuisinière a un remède.

6-8 ans À lire en 5 min Ouvrir le livre

Aline Bertin

Le pirate qui avait le mal de mer
Le capitaine Basile, tout vert, s'accoude au bastingage à côté d'un jeune marin rayé.

Le capitaine Basile

Il y a longtemps, tout au bout de la baie, vivait un pirate un peu particulier.

Le capitaine Basile était le pirate le plus redouté de toute la baie. Du moins, c’est ce qu’il racontait, avec un grand chapeau noir sur la tête et une plume de son perroquet derrière l’oreille.

Il avait un navire, le Cormoran Rieur, un équipage de six pirates, et un secret.

Un secret terrible, que personne ne devait savoir.

Dès que le bateau bougeait un peu, Basile devenait vert comme un concombre.

« Capitaine », dit un soir le matelot Pierrot, vous êtes tout pâle.

« C’est la peur que je fais aux poissons, dit Basile. Ça fatigue. »

Et ce soir-là, la mer était si ronde, si molle, si balançante, que le capitaine dut s’asseoir sur un tonneau, la main sur le ventre.

Le capitaine Basile boit sa tasse, la cuisinière souriant à côté de lui.

Le remède de la cuisinière

Dans la cuisine du navire régnait Madame Odile, qui faisait la soupe depuis plus de vingt ans, et qui avait tout vu.

« Capitaine », dit-elle sans se retourner, vous avez le mal de mer.

Basile faillit tomber de son tonneau.

« Qui vous a dit ça ? Je suis un pirate ! Les pirates n’ont pas le mal de mer ! »

« Les pirates ont tout ce qu’ils veulent, dit Madame Odile, y compris le mal de mer. Tenez. »

Elle lui tendit une tasse fumante. Ça sentait le gingembre et le miel.

Basile but une gorgée, puis deux. Le vert de son visage devint un peu plus clair.

« Et maintenant, ajouta Madame Odile, regardez l’horizon. Pas les vagues. L’horizon, ce petit trait droit tout au bout. Il ne bouge jamais. »

Basile monta sur le pont, tenant sa tasse à deux mains, et fixa le trait fin où la mer rencontrait le ciel.

Et c’était vrai. Le monde avait beau danser, ce petit trait-là restait tranquille.

Pierrot, qui passait avec un seau, s’arrêta net.

« Capitaine, vous avez retrouvé vos couleurs. »

« Je les avais juste prêtées à la mer, dit Basile. Elle me les rend. »

Il resta là un long moment, droit comme un mât, le regard sur le petit trait tranquille, pendant que le bateau montait et descendait sous ses pieds sans plus l’effrayer.

Sous les étoiles, un jeune marin joue de l'accordéon pendant qu'un autre l'écoute sur le pont.

La berceuse des pirates

La nuit tomba. Les étoiles se reflétaient dans l’eau, comme si quelqu’un avait renversé un sac de sel sur une ardoise noire.

Les pirates s’assirent en rond sur le pont. Pierrot sortit son accordéon, qu’il ne jouait jamais devant le capitaine, de peur de se faire gronder.

« Jouez, dit Basile. C’est un ordre. »

Pierrot joua une valse lente, une valse qui montait et descendait, exactement comme les vagues. Et le capitaine, qui avait si peur du balancement, s’aperçut que la musique balançait de la même façon, et que ça ne lui faisait aucun mal.

Il se mit à chanter, en grimaçant d’abord, puis de plus en plus fort. Une chanson sans paroles, juste « ooh » et « aah », que tout l’équipage reprit en chœur.

Quand la valse s’arrêta, Basile tira son grand chapeau noir sur ses yeux.

« Bon, dit-il. Je crois que je vais aller dormir. Que personne ne dise à personne que j’ai chanté. »

« Promis, capitaine », dirent les six pirates.

Il descendit dans son hamac, qui se balançait doucement entre deux poutres. Il ferma les yeux. Et pour la première fois depuis longtemps, il laissa le bateau le bercer sans rien lui reprocher.

Sur le pont, Madame Odile éteignit la dernière lanterne. Le Cormoran Rieur glissait sur la mer calme, et tout le monde dormait, même le perroquet, la tête sous l’aile, une plume en moins.

Fin

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Écrit par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums