Aller au contenu
Histoires du soir

Une écharpe pour Girafon

Le petit Girafon a un cou trop long pour sa couverture. Ses amis de la savane lui tricotent une écharpe si grande qu'elle couvre tout le monde.

3-5 ans À lire en 10 min Ouvrir le livre

Aline Bertin

Une écharpe pour Girafon
Girafon frissonne avec une écharpe trop courte, sa maman penchée vers lui à la nuit tombante.

Un cou bien trop long

Dans la savane, quand le soleil devient rouge, tous les animaux se préparent à dormir. Et chaque soir, le petit Girafon avait un problème.

Un problème tout en haut. Un problème très long.

C’était son cou.

Girafon avait une couverture, une belle couverture jaune à taches brunes. Elle couvrait ses pattes, elle couvrait son dos, elle couvrait son ventre. Mais elle ne couvrait pas son cou. Et la nuit, dans la savane, le vent frais vient se glisser tout le long d’un cou de girafe, du menton jusqu’aux épaules.

« Brrr », fit Girafon.

Maman Girafe se pencha vers lui, de très haut, très doucement.

« Tu as froid au cou, mon petit ? »

« Oui, dit Girafon. Un cou de girafe, c’est trop long pour une couverture. »

Maman Girafe sourit. Elle prit une écharpe qui pendait à une branche, une vieille écharpe grise, et elle l’enroula autour du cou de Girafon. Un tour. Deux tours.

Mais l’écharpe était trop courte. Elle s’arrêtait en plein milieu du cou, et le haut restait tout nu.

« Brrr, refit Girafon. »

« Il nous faut de la laine, dit Maman. Va voir tes amis. »

« De la laine ? dit Girafon. Dans la savane ? »

« Les amis savent toujours où se cachent les bonnes choses », dit Maman.

Alors Girafon se leva sur ses quatre pattes fines, et il partit sous les étoiles qui sortaient une à une.

Toc, toc, toc, faisaient ses sabots sur la terre sèche.

Zouzou le petit singe offre des pelotes de laine à Girafon.

Une pelote rouge et une pelote verte

Près du grand rocher plat, Girafon trouva Zouzou le petit singe, assis en tailleur, qui jouait avec quelque chose de rond et de rouge.

« Bonsoir, Zouzou, dit Girafon. Tu as de la laine ? »

« Bonsoir, Girafon, dit Zouzou en bâillant. Regarde ! J’ai une pelote rouge. Je la fais rouler depuis ce matin. »

Il la tendit à Girafon.

« Tiens. Tu en as plus besoin que moi. »

Girafon prit la pelote rouge délicatement, du bout des lèvres, et la posa dans le creux de son cou. Elle sentait le soleil et la poussière.

« Merci, Zouzou. Bonne nuit. »

« Bonne nuit, Girafon », dit Zouzou, et il grimpa dans son arbre en se frottant les yeux.

Toc, toc, toc, faisaient les sabots.

Plus loin, au bord de la mare, il y avait Tortue Dorothée, qui avançait doucement, doucement, vers son coin de roseaux.

« Bonsoir, Dorothée, dit Girafon. Tu as de la laine ? »

« Bonsoir, Girafon, dit la tortue, très lentement. Attends. Je regarde sous ma carapace. »

Elle rentra la tête. On entendit : « Frrrt, frrrt, frrrt. » Puis elle ressortit, avec une pelote verte au bout du bec.

« Voilà, dit-elle. Je la gardais pour un jour de pluie. Mais un cou qui a froid, c’est mieux qu’un jour de pluie. »

« Merci, Dorothée. Bonne nuit. »

« Bonne nuit, Girafon », dit la tortue, et elle s’installa dans les roseaux, la tête déjà un peu penchée.

Toc, toc, toc, faisaient les sabots.

Girafon avait maintenant deux pelotes, une rouge et une verte, bien calées dans son cou. C’était un très bon début.

Le tisserin tricoteur

Au pied du grand acacia, sous un nid rond suspendu à une branche, un petit oiseau jaune triait des brins de paille, un par un.

C’était Bibi le tisserin. Il savait tisser, tresser, nouer, et faire des nœuds si fins qu’on les voyait à peine.

« Bonsoir, Bibi, dit Girafon. J’ai de la laine rouge et de la laine verte, mais je n’ai pas d’écharpe assez longue. »

« Une écharpe ? dit Bibi. Voilà qui est intéressant. Pose les pelotes ici. »

Girafon déposa les deux pelotes aux pieds du tisserin. Bibi les regarda, la tête de côté, de l’autre côté, puis de nouveau de côté.

« Il me faut deux aiguilles », dit-il.

« Je peux en avoir ? » demanda une petite voix.

C’était Zouzou, qui avait suivi Girafon, un peu inquiet. Il tenait deux brindilles bien droites, lisses comme des baguettes.

« Je peux aider ? »

« Bien sûr », dit Bibi.

Et Dorothée arriva elle aussi, tout doucement, avec une troisième pelote, bleue celle-là, trouvée au fond de sa carapace.

« Je n’arrivais pas à dormir, dit-elle. Je me suis dit que ce serait plus gai de tricoter. »

Alors tout le monde s’installa en rond sous l’acacia. Bibi donna les instructions, le bec en l’air.

« Un point rouge. »

« Un point rouge », répéta Zouzou.

« Un point vert. »

« Un point vert », répéta Dorothée.

« Un point bleu. »

« Un point bleu », répéta Girafon, qui regardait faire avec de grands yeux.

Clic, clic, clic, faisaient les brindilles.

Rouge, vert, bleu. Rouge, vert, bleu. L’écharpe poussait doucement, comme l’herbe après la pluie. Elle était déjà aussi longue qu’un bras. Puis aussi longue qu’une patte. Puis aussi longue qu’un petit éléphant.

Et le petit éléphant, justement, qui passait par là, s’arrêta pour regarder.

« Oh, dit-il, c’est beau. Est-ce que je peux tenir le bout ? »

« Avec plaisir », dit Bibi.

Le petit éléphant attrapa le bout de l’écharpe avec sa trompe, et il la tint bien haut, pour qu’elle ne traîne pas dans la poussière.

Girafon veille près de ses amis endormis sous une couverture, un petit oiseau emmitouflé dans une écharpe.

Un tour, deux tours, trois tours

La lune était déjà très haute quand Bibi dit : « Voilà. C’est fini. »

L’écharpe était longue. Très longue. Aussi longue que dix lianes mises bout à bout. Elle faisait des rayures rouges, vertes et bleues, et elle sentait un peu la savane, un peu le soleil, un peu l’amitié.

Zouzou, Dorothée, Bibi et le petit éléphant la posèrent doucement sur les épaules de Girafon.

« Un tour », dit Zouzou.

L’écharpe fit un tour autour du cou de Girafon.

« Deux tours », dit Dorothée.

L’écharpe fit deux tours.

« Trois tours », dit Bibi.

Trois tours, bien serrés, bien chauds. Le menton de Girafon disparut dans la laine. Ses oreilles aussi, un peu.

« Oh, dit Girafon d’une voix toute douce. Je n’ai plus froid du tout. Mon cou est un nid. »

« Et il reste de l’écharpe ! » dit le petit éléphant.

Il restait en effet un grand bout qui pendait jusqu’à terre. Girafon s’allongea dans l’herbe, et le bout de l’écharpe glissa sur Zouzou, sur Dorothée, sur Bibi, sur le petit éléphant, qui s’étaient tous couchés contre lui.

Un seul grand bout de laine pour cinq amis.

« C’est comme une couverture », murmura Zouzou.

« Une couverture qui fait des rayures », ajouta Dorothée.

« Bonne nuit, Girafon », souffla Bibi.

« Bonne nuit, mes amis, dit Girafon. Bonne nuit, Zouzou. Bonne nuit, Dorothée. Bonne nuit, Bibi. Bonne nuit, petit éléphant. »

Un à un, ils fermèrent les yeux.

Plus loin, Maman Girafe, qui veillait, baissa son long cou pour regarder le tas d’amis endormis sous l’écharpe rayée. Elle sourit, elle ne dit rien, et elle resta là, debout, comme un grand arbre tendre qui veille sur la nuit.

Le vent frais passa dans la savane.

Mais il ne trouva aucun cou pour le faire frissonner.

Fin

Une autre histoire ce soir

Il reste un peu de veillée ? Voici la suite, et deux autres façons de finir la soirée.

Les pas dans la galerie des statues La suivante dure 14 min Les pas dans la galerie des statues Pour sa première nuit dans un musée, Elias entend des pas lents dans la galerie des statues. Son oncle gardien cache un secret, et il est très beau. 9-12 ans15 min Lire la suivante

Ou plutôt une de celles-ci

Histoires du soir

Une histoire du soir, chaque vendredi

Un petit rendez-vous pour le coucher, dans votre boîte e-mail. Désinscription en un clic.

Écrit par Aline Bertin · Rédactrice, histoires du soir et albums